« Ces péchés capitaux sont hiérarchisés comme une armée. »
Une invention née du désert
Les sept péchés capitaux semblent appartenir au patrimoine immémorial du christianisme. Pourtant, rappelle Alain Houziaux, ils ne figurent pas comme tels dans la Bible. Leur histoire naît plutôt dans les premiers siècles de notre ère, dans le monde des ermites, de l’ascèse et de la vie monastique.
Ce contexte explique leur nature : la gourmandise, la colère, la paresse ou la luxure ne sont pas d’abord pensées comme des fautes abstraites, mais comme des forces capables de troubler la vie intérieure et la vie communautaire.
Pourquoi ces péchés sont dits “capitaux”
S’ils sont dits “capitaux”, ce n’est pas parce qu’ils seraient simplement les plus graves. Ils sont “de tête” : ils entraînent d’autres fautes à leur suite. Alain Houziaux les compare à une armée, avec un général en chef, souvent l’orgueil, puis des commandants secondaires.
L’orgueil peut ainsi entraîner la colère, l’envie ou l’avarice. Les péchés capitaux désignent donc moins une liste de fautes qu’une dynamique intérieure, une manière dont le désir se dérègle et entraîne l’être humain plus loin qu’il ne l’avait prévu.
De la culpabilité à la déculpabilisation
« La notion de péché, maintenant, ça ne passe plus du tout. »
Mais que reste-t-il aujourd’hui de la notion de péché ? Alain Houziaux observe qu’elle est devenue presque inaudible, associée à la culpabilisation, au moralisme ou à l’interdit. Les anciens péchés sont même parfois retournés en vertus modernes : droit à la paresse, éloge de la gourmandise, valorisation de la jouissance.
Pour autant, les interdits n’ont pas disparu. Ils se sont déplacés. L’écologie, l’alimentation, le rapport au corps ou à la consommation produisent à leur tour de nouvelles normes, de nouvelles transgressions, de nouvelles formes de souillure symbolique.
Prométhée, Faust, Don Juan : trois figures de la transgression
Pour comprendre les péchés capitaux, Alain Houziaux les rapproche de grandes figures mythiques : Prométhée, Faust et Don Juan. Prométhée incarne la quête de toute-puissance, Faust celle de toute-connaissance, Don Juan celle de toute-jouissance.
Ces trois transgressions éclairent aussi le récit d’Adam et Ève : manger le fruit interdit, c’est vouloir être comme des dieux, accéder à tout savoir, tout posséder, tout éprouver.
Ce que les péchés capitaux disent encore de nous
Cette conclusion invite ainsi à relire les sept péchés capitaux non comme un catalogue de fautes poussiéreuses, mais comme une cartographie des désirs humains. Derrière l’orgueil, la gourmandise, la luxure ou l’avarice se joue toujours une même tentation : vouloir le tout, dépasser la limite, s’emparer de ce qui échappe.
C’est peut-être pour cela que ces péchés continuent de nous parler. Non parce qu’ils enferment l’homme dans la culpabilité, mais parce qu’ils révèlent ce qui, en lui, cherche sans cesse à franchir l’interdit.
« On retrouve dans les sept péchés capitaux la matrice de trois grandes transgressions : la toute-puissance, la toute-connaissance et la toute-jouissance. »
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Alain Houziaux
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal Pictures
C’est par l’orgueil que s’ouvre cette série de Regards protestants consacrée aux 7 péchés capitaux, à découvrir dès son premier épisode.
