Le Ressuscité, le don de l’Esprit et la foi de Thomas

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Le théologien Antoine Nouis reçoit Amos-Raphaël Ngoua Mouri, pasteur de l’Eglise protestante unie de France, pour discuter de Jean 20, 19-31.

Nous sommes ici dans un récit situé juste après la résurrection. Et dans l’Évangile de Jean, juste après la résurrection, il y a déjà un premier don de l’Esprit. Il faut donc essayer de comprendre ce que cela signifie.

Mais il y a surtout cette première manifestation de Jésus au groupe des disciples, sauf un : Thomas, qui n’est pas là. Puis, la semaine suivante, Jésus se manifeste de nouveau, cette fois en présence de Thomas.

L’apparition du Ressuscité

Dès le début du récit, un détail nous surprend : les disciples sont enfermés dans une pièce verrouillée, sans doute par peur. Ils ne veulent pas subir le même sort que leur maître.

Et pourtant Jésus est là, au milieu d’eux. Le texte donne presque l’impression qu’il traverse les portes, sans que l’on sache comment. C’est là toute l’étrangeté du Ressuscité : d’un côté, on a l’impression qu’il n’a plus un corps comme avant, puisqu’il n’est plus soumis aux mêmes contraintes ; de l’autre, lorsqu’il se montre à ses disciples, il leur dit : « Regardez mes mains, regardez mon côté : c’est bien moi. »

Qui est donc ce Jésus qui se présente à eux ? Il est à la fois le même que celui qu’ils ont connu, et à la fois autrement.

On peut dire que Jésus ressuscité n’a plus le même corps physique qu’avant la résurrection. C’est un corps différent, qui n’a plus la même matérialité, qui ne semble plus soumis aux mêmes contraintes. Et pourtant, ce corps porte encore les marques de la crucifixion. Le Ressuscité est aussi le Crucifié. Il garde la trace des clous, la trace de la blessure.

Cela signifie que la résurrection n’efface pas la Passion : elle la transfigure, mais elle ne l’annule pas.

Le souffle de l’Esprit

Jésus s’adresse alors à ses disciples par une salutation traditionnelle : « Que la paix soit avec vous », ou, si l’on veut, « le shalom soit avec vous ».

Puis il accomplit un geste très étonnant : il souffle sur eux en disant : « Recevez l’Esprit saint. »

Habituellement, dans notre représentation chrétienne, le don de l’Esprit est associé à la Pentecôte, cinquante jours plus tard. Ici pourtant, dans le quatrième évangile, il y a déjà un premier envoi de l’Esprit dès le jour même de la résurrection.

Comment l’entendre ? Il semble que l’Esprit soit ici donné en lien direct avec la mission. Jésus trouve ses disciples enfermés, abattus, découragés, pétrifiés par la peur et par la crainte des représailles. Or il ne leur dit pas : « Restez bien enfermés, je vais vous protéger. » Il les envoie au contraire vers l’extérieur.

Dans ce passage de l’enfermement à la mission, dans cette sortie hors de la sécurité pour aller vers un monde menaçant, il est normal qu’il leur donne son Esprit. L’Esprit vient soutenir leur envoi. Il accompagne la mission.

Une mission de pardon

Et cette mission, quelle est-elle ? C’est la remise des péchés.

Jésus n’envoie pas ses disciples simplement pour proclamer : « Regardez, je suis ressuscité. » Il les envoie pour porter le pardon, pour remettre les péchés.

C’est là une dimension essentielle de la mission de l’Église. Car si l’on imagine ce qui devait se passer alors, dans le camp de ceux qui avaient participé, de près ou de loin, à la condamnation de Jésus, il devait y avoir de l’accusation, de la peur, des règlements de compte possibles, des désirs de vengeance, voire de contre-vengeance.

Or Jésus vient introduire tout autre chose : la paix, le pardon, la réconciliation. Il veut faire sortir ses disciples du registre de l’accusation pour les conduire vers celui du pardon, des retrouvailles, de l’avenir rendu possible.

L’accusation est souvent le premier pas vers la haine et la division. La mission de l’Église, au contraire, est de parler de pardon, d’amour et de joie. Et il est significatif que ce soit précisément le Crucifié, certes ressuscité, mais toujours porteur des blessures de la croix, qui vienne parler de pardon.

Les disciples eux-mêmes auraient pu nourrir de l’amertume, de la colère, un désir de vengeance contre ceux qui avaient mis leur maître à mort. Mais Jésus leur dit en somme : non, ce n’est pas cela que vous avez à porter ; c’est le pardon.

Thomas, le disciple absent

Dans la seconde partie du récit, un personnage prend le devant de la scène : Thomas.

Au moment où Jésus apparaît et donne l’Esprit, Thomas n’est pas là. Dans le groupe des disciples, il semble avoir toujours été un peu à part, un peu indépendant. Quand les autres lui annoncent, sans doute avec enthousiasme, que le Ressuscité leur est apparu et qu’il leur a donné son Esprit, Thomas reste prudent : « Doucement, moi, si je ne vois pas, je ne crois pas. »

Il fait preuve d’un solide bon sens, d’une forme de matérialisme exigeant. Faut-il y voir un manque de foi ? Peut-être pas. C’est plutôt un sens critique plus aigu.

Thomas veut du concret. Il veut voir, toucher, vérifier. En ce sens, il peut apparaître comme le père des matérialistes : « Si je ne vois pas les traces, si je ne touche pas, si je ne sens pas le concret, je ne croirai pas. »

Mais ce que Thomas ignore encore, c’est qu’il y a des lieux et des moments où il faut accueillir une évidence qui se donne autrement. Jésus ne va pas le rejeter à cause de son doute. Il va au contraire le reprendre avec lui.

Jésus ne repousse pas Thomas

Huit jours plus tard, Jésus revient. Il se tient de nouveau au milieu d’eux et s’adresse directement à Thomas. En quelque sorte, il lui dit : « Tu voulais toucher ? Eh bien touche. »

Et pourtant, Thomas ne touche pas.

C’est un détail très fort. Lui qui demandait à toucher n’en a finalement plus besoin. Il est passé au-delà de cette exigence. La présence du Ressuscité suffit. Et c’est alors qu’il prononce cette magnifique confession : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Cette parole est l’une des plus hautes confessions de foi de tout l’Évangile. Thomas, qui avait mauvaise réputation à cause de son doute, devient ici celui qui prononce l’une des paroles les plus fortes sur Jésus.

Il est même, d’une certaine façon, le premier à parvenir à une telle formulation. Son doute n’a donc pas le dernier mot. Il débouche sur une confession de foi exceptionnelle.

Thomas nous ressemble

C’est sans doute pour cela que Thomas nous rejoint si profondément aujourd’hui. Son attitude fait écho à nos propres difficultés à croire. Nous aussi, nous aimerions parfois toucher, vérifier, maîtriser, avoir des preuves avant d’adhérer.

Le texte le dit d’une manière très suggestive : en grec, Thomas est appelé Didyme, c’est-à-dire le jumeau. Le jumeau, le double, l’autre de nous-mêmes.

Thomas, c’est cette part de nous qui doute encore, même lorsqu’elle marche déjà avec le Seigneur. C’est cette part de nous qui résiste, qui se ferme, qui hésite à faire confiance.

Mais c’est aussi cette part-là qui peut être rejointe par la grâce. Thomas représente en nous ce point de résistance qui, un jour, peut se laisser retourner, se convertir, et parvenir à la confession de foi.

Il y a souvent dans nos vies des endroits où nous nous disons : « Là, non, je ne pourrai pas croire. Là, je ne pourrai pas accepter. » Et pourtant, c’est parfois à cet endroit même, là où nous étions les plus fermés, que Dieu vient ouvrir les yeux et faire naître la foi.

Heureux ceux qui croient sans avoir vu

Le récit s’achève sur une béatitude qui nous concerne directement : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu. »

Bien sûr, cette parole s’adresse à Thomas à ce moment précis. Mais elle a aussi une portée plus large. Elle ouvre déjà vers l’avenir, vers les disciples de demain, vers tous ceux qui ne verront pas le Ressuscité comme Thomas l’a vu, mais qui seront appelés à croire malgré tout.

Cela signifie que la foi n’a pas nécessairement besoin de grandes expériences extraordinaires. Elle peut aussi naître simplement d’une parole entendue, d’un texte lu, d’un témoignage reçu, d’une confiance accueillie.

Croire sans avoir vu, ce n’est pas croire n’importe quoi. C’est recevoir une parole, l’entendre, l’accepter, et laisser cette parole nourrir et renouveler notre vie.

Voilà pourquoi cette béatitude reste si importante pour nous aujourd’hui : elle nous rappelle que notre foi peut grandir non parce que nous avons tout vu, tout touché, tout compris, mais parce qu’une parole nous a rejoints et continue de nous faire vivre.

1 P 1.3-9 – Être transporté d’allégresse dans l’épreuve


L’émerveillement du salut

Le contexte – La première épître de Pierre


Attribuée au premier des apôtres, la première épître de Pierre est marquée par le double sceau de la dispersion et de la persécution. Parce qu’ils sont étrangers et qu’ils se comportent différemment, les chrétiens sont menacés par la persécution à cause de leur foi. L’épître est un appel à la résistance : la persécution n’est pas la marque de l’abandon de Dieu, mais d’une fidélité éprouvée : Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les humains… C’est la pierre que les constructeurs ont rejetée qui est devenue la principale, celle de l’angle (1 P 2.4,7).
Pour souligner cette thématique, l’épître évoque les différentes situations de vie : la relation avec les voisins, les autorités, les maîtres, dans la famille.
Quand l’épître parle de soumission, cette posture ne doit pas être comprise comme de la servilité, mais comme un chemin de foi et de fidélité transfiguré par le Christ. En toute situation, le chrétien doit être témoin : Soyez toujours prêts à présenter votre défense devant quiconque vous demande de rendre
compte de l’espérance qui est en vous (1 P 3.15).

Que dit le texte ? – Une foi qui se voit


Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Après les salutations d’usage, l’épître commence par rendre grâce à Dieu comme le fait Paul dans la plupart de ses épîtres. S’adressant à une communauté éprouvée, il ne commence pas par exprimer sa compassion, mais sa reconnaissance. La bénédiction de Dieu est une façon de s’enraciner dans la grâce même lorsqu’on est dans l’épreuve. Bénir Dieu est aussi une façon de protester contre le mal qui menace.
Vous êtes transportés d’allégresse, quoique vous soyez maintenant… attristés par diverses épreuves. Ce verset évoque une contradiction entre le fait d’être transportés d’allégresse et la notion d’épreuves. Lorsque je traverse une épreuve, mon attitude première est de protester, de trouver que c’est injuste,
de m’attrister. L’épître ne fait pas qu’appeler à l’allégresse, elle affirme que l’épreuve transporte d’allégresse. L’allégresse est une façon de combattre l’épreuve : ne jamais se laisser déposséder de la joie de l’Évangile. On retrouve le thème de la dernière béatitude : Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, qu’on vous persécute et qu’on répand faussement sur vous toutes sortes de méchancetés, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez transportés d’allégresse. Quand je lis ces versets, je mesure que j’ai encore besoin de conversion.
Vous ne l’avez pas vu, mais vous l’aimez. La foi n’est pas une question de vue, mais d’amour. La foi éprouvée est une confiance qui demeure vivante même quand on ne voit rien, qu’on ne sent rien.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – La foi de Thomas


Le verset de l’épître de Pierre : Vous ne l’avez pas vu, mais vous l’aimez, rappelle la béatitude de Jésus devant Thomas : Parce que tu m’as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! (Jn 20.29)
La foi n’est pas une question de sentiment ni d’expériences spirituelles extraordinaires, c’est une fidélité à l’Évangile, une persévérance dans la fidélité. La première Église a connu l’épreuve de la persécution, elle a traversé l’épreuve parce qu’elle était habitée par une foi plus forte que toutes les obscurités de notre monde.

Ac 2.42-47 – La vie de la première Église

Ils avaient tout en commun

Le contexte – Le livre des Actes des Apôtres


Le livre des Actes des Apôtres raconte comment, après l’Ascension de Jésus et le don de l’Esprit, les disciples se sont organisés pour vivre et témoigner de
l’Évangile.
Dans le quatrième évangile, Jésus a laissé à ses disciples le grand commandement : Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres ; comme je vous ai aimés, que vous aussi, vous vous aimiez les uns les autres. Il a ajouté une promesse à ce commandement : Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous sauront que vous êtes mes disciples (Jn 13.34-35). L’Église témoigne autant par sa façon de vivre que par ses paroles.
Le passage de cette semaine raconte comment la première Église a témoigné par son organisation.

Que dit le texte ? – La vie de la première Église

Le premier verset évoque quatre persévérances : Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, au partage du pain et aux prières.
L’enseignement des apôtres, le début du livre des Actes nous a appris que les Apôtres ont accompagné Jésus depuis son baptême jusqu’à l’Ascension (Ac 1.21-22). Ils ont partagé la vie et des enseignements de Jésus, ses souffrances, sa mort et sa résurrection.
La communion fraternelle décrit la relation entre les membres de l’Église. Elle peut évoquer plus précisément le partage des biens décrit quelques versets plus bas. L’Église est une persévérance dans le partage.
Le partage du pain évoque le repas du Seigneur. Lorsque nous avons tendance à négliger les sacrements, nous pouvons nous souvenir qu’ils sont l’objet d’une persévérance.
Les prières, le pluriel fait référence aux offices de prières dans le temple de Jérusalem comme le confirme le verset 46.
La vie de la première Église se décrit par un principe : l’assiduité ou la persévérance, et quatre lieux de fidélité : l’enseignement, la communion, le repas du Seigneur et la prière. Les versets qui suivent déclinent les quatre assiduités.
Le dernier verset évoque les fruits de cette fidélité : Le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qu’il sauvait.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – L’apparition de Jésus aux disciples

Le risque d’une communauté au sein de laquelle les relations sont fortes est de rester entre soi. C’est pourquoi le passage des Actes qui raconte la vie de la première Église doit être mis en tension avec le passage de l’Évangile dans lequel le ressuscité souffle son Esprit à ses disciples pour les envoyer dans le
monde pour partager son évangile du pardon.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis