Mt 17.1-9 – Transfiguration

Introduction

Les premiers mots de notre passage sont : six jours après. Cette introduction fait une suture entre ce récit et ce qui précède. Or le récit qui précède constitue un des tournants de l’évangile, c’est la confession de foi de Pierre : Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant, suivie de la première annonce de la passion et de l’appel à porter sa croix.

Après avoir déployé l’évangile de la croix, le récit de la Transfiguration parle de l’évangile de la gloire. Dans le quatrième évangile, c’est sur la croix que Jésus est glorifié.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Une expérience spirituelle

Le récit multiplie les expériences spirituelles : le rayonnement du visage de Jésus, plus la présence de Moïse et Élie, plus la nuée, plus une voix qui annonce que Jésus est le fils bien-aimé.

On a le sentiment que le Saint-Esprit utilise tous les moyens qu’il a en magasin pour s’adresser aux trois disciples qui l’accompagnent.

Le message de ce récit à cet endroit de l’évangile est que celui qui vient d’annoncer qu’il serait crucifié est bien le fils de Dieu qui vient accomplir la première alliance.

La transfiguration

Le verbe transfigurer (metamorphoô) signifie étymologiquement, changer de forme. Le visage de Jésus évoque sa personnalité, il s’est mis à briller comme le soleil. Son vêtement symbolise l’identité, et il est devenu blanc comme la lumière, ce qui lui donne une dimension angélique, à l’image de l’ange du Seigneur qui a annoncé aux femmes que Jésus s’était relevé d’entre les morts (Mt 28.3-6).

Maintenant que Jésus a annoncé sa passion, il peut se révéler pour ce qu’il est en vérité :  celui qui vient le Dieu du ciel et de la terre au monde.

Pistes d’actualisation

1er thème : Moïse et Élise

Dans la pensée religieuse de l’époque, Moïse représente la Loi qui est le signe de l’alliance entre Dieu et son peuple. La loi est au cœur de l’identité d’Israël.

Élie représente la prophétie qui est l’actualisation de la loi. Dieu a envoyé des prophètes pour dire les exigences de la justice et de la fidélité lorsqu’elles avaient été oubliées.

Moïse et Élie évoquent la loi et les prophètes, les deux premières parties de la Bible hébraïque. Leur présence auprès de Jésus est l’annonce que c’est bien lui qui vient assumer toute l’attente et l’espérance de la première alliance.

2e thème : Le Gloire de Dieu

Dans le récit de la Transfiguration, Jésus est glorifié, il peut l’être maintenant qu’il a annoncé sa passion.

Dans la Bible, la gloire d’une personne, c’est la révélation de son être le plus intime, le plus profond. La gloire de Jésus, c’est que la croix n’est pas la défaite de son ministère, mais son accomplissement.

Comme l’a écrit le théologien Jürgen Moltmann : « Quand la gloire de Dieu resplendit sur le visage de celui qui a été crucifié par la Loi et par les puissances de ce monde, la Loi et ces puissances ne sont plus souveraines, elles ne sont plus à craindre ni à honorer. La gloire du Dieu crucifié conduit logiquement au renversement de toutes les valeurs. »

3e thème : Le secret messianique

En redescendant de la montagne, les disciples doivent repenser à ce qu’ils ont vécu. Après l’annonce de la passion, la transfiguration les a fait entrer dans le cœur de la manifestation de Dieu. Ils ont eu le privilège d’entrer dans l’intimité de Dieu.

En redescendant de la montagne, Jésus leur donne une consigne de discrétion :  Ne parlez à personne de cette vision jusqu’à ce que le Fils de l’homme se soit réveillé d’entre les morts. Le couple annonce de la passion/transfiguration ne peut se comprendre que comme annonce du couple crucifixion/résurrection. Tant que Jésus n’est pas crucifié/ressuscité, la transfiguration risque d’être mal interprétée. C’est pourquoi les disciples sont appelés au silence.

Il est des vérités qui ne peuvent être dites qu’à ceux qui sont arrivés à une certaine maturité spirituelle.

Une illustration : La révélation de Dieu

Un des passages du Nouveau Testament qui a la plus grande densité spirituelle est l’hymne de Philippiens 2 qui évoque le mouvement d’un Christ qui était l’égal de Dieu et qui est devenu le dernier des humains, c’est pourquoi il a été souverainement élevé.

C’est par son abaissement qu’il a été élevé à l’image de ce passage. C’est après avoir annoncé la croix qu’il a été transfiguré :

Lui qui était vraiment divin, il ne s’est pas prévalu d’un rang d’égalité avec Dieu, mais il s’est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort la mort sur la croix.

C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a accordé le nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu, le Père (Ph 2.6-11).

Gn 12.1-4 – L’appel d’Abraham

La vocation d’Abraham

Le contexte – Le livre de la Genèse
Les premiers chapitres de la Genèse sont marqués par un triple échec de Dieu. Il a placé le premier couple humain dans un jardin, mais l’homme a voulu devenir comme un Dieu qui possède la connaissance profonde de tout ce qui est et qui est le maître du bien et du mal, c’est pourquoi il a été exclu du jardin pour entrer dans ce que nous appelons la vraie vie.
Les descendants de ce premier couple ont été incapables de vivre les uns en paix avec les autres : Le Seigneur vit que le mal des humains était grand sur la terre, et que leur cœur ne concevait jamais que des pensées mauvaises (Gn 6.5). C’est pourquoi Dieu a pris la décision de recommencer la création à
partir de Noé.
Encore une fois les fils de Noé se sont fourvoyés en voulant construire une tour dont le sommet atteigne le ciel pour prendre la place de Dieu. Dieu s’est opposé à ce projet en détruisant la tour.
Après ce triple échec, Dieu ne se décourage pas et décide de passer par un homme, Abraham, pour se révéler au monde.

Que dit le texte ? – Abraham répond à l’appel de Dieu
Après l’échec de Babel, Dieu appelle Abram à la liberté en quittant la maison de son père au nom d’une promesse : Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai.
Dieu dit à Abraham : Va… vers le pays que je te montrerai. Il ne lui dit pas : « Va à tel endroit », mais : « Mets-toi en marche, et je te montrerai vers où aller. » Comme si le chemin était le but. Lorsque Moïse a demandé à Dieu quel était son nom, il a répondu : « Je serai qui je serai. » (Ex 3.14). Le Seigneur ne
se laisse pas enfermer dans une définition, il est celui qui accompagne ses serviteurs dans leur marche de foi.
La redondance des expressions : ton pays… le lieu de tes origines… la maison de ton père montre que c’est tout son passé qu’Abraham est appelé à quitter.
L’arrachement est radical. La liberté est une aventure, un risque, un vertige, un arrachement par rapport à tout esprit de grégarisme. Elle se paye en solitude.

En hébreu, la parole que Dieu adresse à Abraham, peut aussi se traduire : Va pour toimême hors de ton pays. Va pour toi, ou va vers toi ! Par cette parole, Dieu dit à Abraham que c’est en marchant qu’il se trouvera luimême, qu’il découvrira sa vraie personnalité, le sens de sa vie. Un commentaire rabbinique dit qu’Abraham ressemblait à un flacon d’essence de rose posé dans un coin, et fermé par une cordelette. Il ne sentait rien. Mais du moment où il s’est mis en marche, c’est comme si on avait desserré la cordelette, son parfum a commencé à s’exhaler. Il est enfin devenu lui-même.
Dans son exil, Abraham comprendra que son identité ne se trouve pas derrière lui dans sa naissance, sa nationalité ou sa terre, mais qu’elle est devant ses pas, au bout d’une marche dans le désert.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – La transfiguration
L’évangile de ce dimanche est le récit de la transfiguration qui se situe juste après la première annonce de la passion. Il peut être interprété comme la confirmation par Dieu que le fils qui se dirige vers la croix est bien celui qui était annoncé et attendu par la loi et les prophètes.
De même qu’Abraham a quitté la maison de son père pour montrer le chemin de la foi, Jésus a quitté son ciel et a marché vers la croix pour nous montrer ’amour et le salut de Dieu.

2 Tm 1.8-10 – La grâce de Dieu

La manifestation de la grâce

Le contexte – La deuxième épître à Timothée
Lorsqu’il rédige la deuxième épître à Timothée, Paul déclare qu’il est en prison. Il annonce sa mort à venir : le temps de mon départ est arrivé, mais il fait suivre cette déclaration d’une belle déclaration de foi : J’ai mené le beau combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi (2 Tm 4.6-7).
La situation de l’Église n’est pas facile non plus. Au creux de ces difficultés, il exhorte son enfant dans la foi au combat de la persévérance. Pour cela, il multiplie les métaphores en appelant Timothée à être un soldat, un athlète et un laboureur.
Dans le passage de cette semaine, l’appel au combat de la foi est au service d’une théologie de la grâce (2 Tm 1.9). Cette épître est une application de cette annonce pour une Église qui est installée et qui doit lutter contre l’usure du temps et les difficultés du moment.

Que dit le texte ? – Ne pas avoir honte de la bonne nouvelle
N’aie pas honte du témoignage de notre Seigneur. Si nous portons en nous la tranquille assurance de l’Évangile, nous pourrons témoigner, car la foi exclut la honte.
Le témoignage peut être une épreuve, c’est pourquoi Paul ajoute : Souffre avec moi pour la bonne nouvelle, par la puissance de Dieu. La puissance de Dieu n’est pas une protection contre les difficultés de la vie, mais elle reste une puissance, c’est pourquoi Paul a confessé : C’est quand je suis faible que je suis fort (2 Co 12.10).
Le salut est un fruit de la grâce qui nous a été accordée en Jésus-Christ avant les temps éternels. Nous retrouvons des thèmes chers à Paul lorsqu’il écrivait dans l’épître aux Galates qu’il a été mis à part depuis le ventre de sa mère (Ga 1.15). Dans l’épître aux Éphésiens, il a élargi cette lecture en disant à propos du Christ : Il nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui (Ep 1.4). Il faut entendre dans ces versets la grande affirmation qui fonde la foi : la grâce est première, tellement première qu’elle date d’avant les temps éternels.
Vivre la grâce permet d’entendre que Dieu est grâce et que je peux compter sur cette grâce dans ma vie et dans ma mort.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – La transfiguration
La tension entre la puissance de Dieu et les épreuves de la vie se retrouve dans le récit de la Transfiguration qui parle d’un Christ qui est élevé au moment où il vient d’annoncer sa passion.
Si nous intégrons l’annonce selon laquelle celui qui est élevé à la droite de Dieu a souffert la passion pour nous, alors nous pouvons à notre tour ne pas avoir honte de l’Évangile et souffrir pour le témoignage.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis