« Quand on a lu un texte biblique, il a peut-être été entendu par un peu plus d’un milliard de personnes ce dimanche-là. »
Le lectionnaire est avant tout un guide de lecture biblique. Il propose, sur un cycle défini, une sélection de textes destinée à balayer l’essentiel des Écritures et à éviter que prédicateurs et communautés ne se replient sur leurs seuls passages favoris. Dans la tradition juive déjà, la paracha remplissait cette fonction : garantir une lecture régulière et collective de la Bible.
Le lectionnaire catholique issu de Vatican II, fondé sur un cycle de trois ans (années A, B et C), structure ainsi la lecture dominicale autour de quatre textes : Ancien Testament, psaume, Évangile et épître. Son point fort est clair : l’Évangile y occupe une place centrale, créant une cohérence christologique forte. Il permet aussi une expérience spirituelle partagée : lire le même texte que des croyants au Nigeria, en Europe ou ailleurs donne une dimension universelle à la foi et facilite le dialogue œcuménique, notamment entre catholiques et protestants.
Mais cet outil n’est pas neutre. Comme le souligne Gilles Boucomont, l’Ancien Testament y est souvent réduit à un rôle illustratif, soumis à la lecture évangélique, tandis que les épîtres sont lues de manière continue, sans réel lien avec les autres textes du jour. Certains passages reviennent fréquemment, quand d’autres disparaissent totalement du cycle liturgique.
Autre limite majeure : l’effacement des figures féminines, conséquence de choix anciens, élaborés dans un contexte largement masculin. Les traductions bibliques récentes tentent de corriger cette invisibilisation, mais le lectionnaire, lui, demeure inchangé.
Pour les protestants, l’enjeu est donc double : bénéficier de la richesse pédagogique et communautaire du lectionnaire, tout en conservant la liberté d’explorer autrement les Écritures — par des lectures continues (La Bible en 6 ans), thématiques ou chronologiques. Utiliser un lectionnaire, conclut le pasteur, suppose surtout d’en connaître les présupposés afin de lire la Bible en conscience, et non par habitude.
« Quand on utilise une méthode, une méthodologie, c’est intéressant de savoir ce qui a présidé au choix de cette méthode. »
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Gilles Boucomont
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Paul Drion
A lire aussi : Pourquoi les Églises ne lisent pas toutes la Bible de la même façon ?
