Des lectures qui rappellent que Dieu ne juge pas selon les apparences, qu’il ne confond pas la souffrance avec la faute, et qu’il nous appelle à quitter les ténèbres des certitudes trop rapides pour entrer dans la lumière du discernement et de la grâce.

Jn 9.1-41 – La guérison de l’aveugle de naissance

Le mal et la faute

Introduction

Le chapitre 9 de l’évangile de Jean raconte la guérison d’un aveugle de naissance. Au-delà du miracle, elle propose une réflexion sur notre rapport à la maladie. Dès le deuxième verset les disciples posent la question de savoir qui est responsable de la cécité de l’aveugle : lui ou ses parents. C’est cette question que Jésus va déconstruire.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Les parents et les enfants

La question des disciples renvoie à un débat qui parcourt le Premier Testament. Les livres de Jérémie et d’Ézéchiel citent le proverbe qui dit que les parents ont mangé des raisins verts et que les enfants ont eu les dents abîmées, pour ajouter que ce proverbe ne doit plus avoir court : chacun est responsable de ses actes (Jr 31.29-30, Ez 18.2-3). D’un autre côté, le livre des Lamentations cite ce proverbe pour évoquer la situation des exilés : pour les prophètes, c’est la faute des pères qui a suscité la chute de Jérusalem (Lm 5.7).

Les commentaires en ont déduit que la responsabilité individuelle est juste devant Dieu et relève des temps messianiques, mais dans ce monde-ci il arrive que les enfants paient pour la faute des pères.

L’Évangile ajoute un élément supplémentaire dans ce texte en déplaçant la question.

La guérison comme libération

Devant un aveugle de naissance, Jésus opère un soin en appliquant de la boue sur les yeux du malade, puis il l’envoie se laver au bassin et lui se retire. Ce n’est qu’à la fin de chapitre qu’il recroise l’aveugle guéri, presque par hasard.

Jésus ne cherche pas à enrôler le malade pour en faire un disciple qui marche à sa suite, il veut faire de cette guérison une prédication pour tous ceux qui associent la maladie au péché : Jésus déclare ouvertement que ce n’est pas le péché qui est la cause de la cécité de l’aveugle.

Pistes d’actualisation

1er thème : Du pourquoi au pour quoi

Dans leur question, les disciples interrogent Jésus sur l’origine de la maladie : Quelle est la cause de sa cécité ? Jésus répond en déplaçant la question vers sa finalité : Pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il passe du pourquoi au pour quoi.

Ce déplacement nous interroge sur notre comportement par rapport à nos maladies et nos infirmités. On peut rester collé au passé en ressassant les causes de la situation. Jésus nous invite à penser autrement en nous posant la question : Comment vivre sa maladie le mieux possible, comme vivre la maladie en disciple du Christ ? Parfois il ne sert à rien de toujours revenir sur la passé, et se demander les lieux de grâce que nous pouvons trouver au travers de notre maladie.  

2e thème : La question de la théodicée

La question qui traverse notre texte est celle de la théodicée. Si Dieu est bon, pourquoi le mal ? Cette question traverse le livre de Job avec le discours des amis qui disent que Job a dû s’éloigner de Dieu pour être atteint comme il l’a été. Le message du livre déplace la question en disant que l’origine du mal ne nous appartient pas (dans le cas de Job, il vient d’un pari stupide entre Dieu et le diable, ce qui est une façon ironique de dire que ça échappe à notre compréhension), ce qui nous appartient, c’est notre attitude face au mal.

Notre monde est traversé par des forces de mal, ce qui nous appartient, c’est de les combattre comme Jésus l’a fait en guérissant l’aveugle et de cherche la grâce malgré, et au-delà du mal.

3e thème : Qui est aveugle et qui voit ?

Dans la conclusion, Jésus déclare qu’il est venu afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. Les vrais aveugles de ce récit n’est pas le malade, mais les pharisiens qui sont incapables de voir ce qu’ils ont devant les yeux. Puisque la guérison a eu lieu un jour de sabbat, elle n’est pas possible et ils en viennent à chasser celui dont la guérison n’entre pas dans leurs cadres religieux. Les pharisiens sont les œillères de leur idéologie, si des faits ne correspondent pas à leur croyance, ce sont les faits qui ont tort.

Ce récit nous invite à une ascèse de la lucidité. Avoir le courage de voir les choses telles qu’elles sont et non telles que nous voudrions qu’elles fussent. C’est vrai de notre foi et de notre église.

Une illustration : Le mal et la faute.

Le théologien Michel Bouttier propose une médiation sur la faute et la souffrance : « L’homme a la menuiserie dans le sang. Il voudrait d’instinct ajuster faute et souffrance. Quel soulagement si elles coulissaient l’une sur l’autre : nous posséderions enfin la clef de notre destin et la mort serait devenue raisonnable. Heureusement, le Dieu vivant nous a empêchés à tout jamais de visser le couvercle péché sur la boîte souffrance, malgré les efforts toujours recommencés. La logique de malheur, voilà l’implacable asphyxie. L’agonie d’un bébé, la mort de l’innocent sont là, qui grippent définitivement le système. Nous espérions être quittes, et il n’y a pas de réponse. Nous n’échapperons pas à la question : c’est à la fois notre angoisse et notre respiration. C’est la liberté. »

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Amos-Raphaël Ngoua Mouri, pasteur de l’Eglise protestante unie de France, pour discuter de Jean 9, 1-41: https://regardsprotestants.com/video/bible-theologie/jesus-guerit-un-aveugle-de-naissance/

David est choisi pour être roi

Le contexte – Les livres de Samuel


Les livres de Samuel racontent l’instauration de la royauté et les règnes des deux premiers rois qui ont été Saül et David.
Le premier roi, Saül, était jeune et beau ; aucun des Israélites n’était plus beau que lui, il les dépassait tous d’une tête (1 S 9.2), mais la bénédiction lui a été retirée, le jour où il ne s’est pas contenté d’être roi, mais où il a assumé une fonction sacerdotale en offrant un sacrifice (1 S 13.9-13). Le roi qui ne respecte pas la distinction entre le religieux et le politique en voulant assumer les fonctions de prêtre en plus de celles de roi est sur une pente qui le conduit à vouloir cumuler tous les pouvoirs au lieu au service de son peuple.
La fin du règne de Saül est marquée par une jalousie pathologique envers David qui était à son service car il ne supportait que son serviteur soit populaire auprès des enfants d’Israël.

Que dit le texte ? – Samuel oint David


Après avoir considéré que Saül n’était plus digne d’être roi en Israël, le Seigneur envoie Samuel chez un homme nommé Jessé pour oindre un nouveau roi. Jessé a sept fils. L’aîné s’appelle Éliab et Samuel pense qu’il a toutes les qualités pour faire un bon roi, mais le Seigneur lui dit : Ne prête pas attention à son apparence et à sa haute taille, car je l’ai rejeté. Il ne s’agit pas de ce que l’homme voit ; l’homme voit ce qui frappe les yeux, mais le Seigneur voit au cœur. Les sept frères défilent devant Samuel, mais aucun d’eux n’est choisi par le Seigneur.
Samuel demande s’il n’y a pas un autre garçon, et Jessé se souvient qu’il a aussi un petit dernier mais qui fait paître le troupeau familial. Samuel demande d’aller le chercher, c’est David que le Seigneur a choisi.
Samuel lui confère l’onction discrètement car Saül est toujours sur le trône, puis il se retire. David se mettra au service du roi après avoir vaincu le géant Goliath. Du fait de ses hauts faits, il sera populaire aux yeux du peuple, mais il refusera toujours de lever la main contre Saül, même quand ce dernier le poursuivra d’une haine pathologique. Il sait qu’un jour il montera sur le trône, mais il ne fait rien pour hâter l’intronisation. Il attendra des années avant que l’onction reçue soit publique.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – La guérison de l’aveugle de naissance


Le chapitre 9 de l’évangile de Jean est organisé autour de la question du vrai et du faux regard lorsque Jésus déclare qu’il est venu afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. Autrement dit, on peut être aveugle et avoir une vue claire sur le sens de la vie et on peut
avoir une bonne vue et être totalement aveugle face aux réalités spirituelles.
Le récit de l’onction de David est une belle illustration de cette opposition. Avec ses yeux, l’homme est attiré par ce qui est grand, beau et fort alors que les vraies qualités d’une personne ne dépendent pas de ce qu’on voit extérieurement, mais de ce qu’on a dans le cœur.

Ep 5.8-14 – Vivre dans la lumière

La lumière et les ténèbres

Le contexte – L’épître aux Éphésiens


L’épître aux Éphésiens est une épître de captivité, puisque son auteur déclare qu’il est en prison. Elle est adressée aux Éphésiens, mais elle ne contient aucune allusion au fait que Paul connaît très bien cette Église. Certains commentaires pensent que c’est une lettre générique adressée à toutes les Églises d’Asie.
Cela donne à son auteur l’occasion de développer les grands points de la théologie paulinienne : la justification par grâce qui fait de la foi un don de Dieu (Ep 2.1-10), l’appel à la réconciliation entre les Juifs et les Grecs (Ep .11-22), l’Église comme un corps (Ep 4.1-16) et une dernière partie, pratique, dans laquelle se trouve le texte que nous méditons qui appelle les Éphésiens à vivre dans la lumière.

Que dit le texte ? – Vivez comme des enfants de lumière


Autrefois vous étiez ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. L’opposition entre la lumière et les ténèbres est fréquente dans l’évangile de Jean. Les ténèbres représentent les mauvaises actions selon le verset qui dit : la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises (Jn 3.19). Le verset qui suit définit la lumière qui s’oppose aux ténèbres : le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité. Nous sommes appelés à vivre dans la lumière, c’est-à-dire dans la transparence, un maître rabbinique, Rabbi Gamaliel avait l’habitude de dire : « Agis en secret comme si tu agissais en public. »
L’appel à vivre dans la lumière devient alors un moyen de discernement.
Lorsque j’ai une question de vie à trancher, je peux me poser la question : Quelle décision prendrais-je si je savais que mon attitude serait demain sur la première page du journal.
On ne combat pas les ténèbres à coups de bâton, mais en allumant une bougie. Lorsque la lumière rencontre les ténèbres, ce n’est pas la lumière qui est enténébrée, mais les ténèbres qui sont éclairées. La lumière de Dieu est plus lumineuse que les obscurités de notre monde.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – La guérison de l’aveugle de naissance
La tension entre la lumière et les ténèbres traverse le récit de la guérison de l’aveugle de naissance qui joue sur l’opposition entre l’aveugle guéri qui a une belle lucidité sur la situation et les pharisiens qui se considèrent comme des voyants mais qui sont incapables de reconnaître la guérison de l’aveugle.
Souvent les ténèbres, ce sont nos ornières religieuses qui nous empêchent de voir les choses telles qu’elles sont lorsqu’elles ne correspondant pas à nos catégories spirituelles.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis