Jn 11.1-45 – Le relèvement de Lazare

Quelle parole face à nos morts ?

Introduction

Le relèvement de Lazare du tombeau quatre jours après sa mort est le miracle le plus spectaculaire des évangiles. Le dernier verset de notre séquence dit que beaucoup de ceux qui ont assisté à l’événement ont cru à Jésus, mais dans la conséquence suivante, les religieux se réunissent pour parler de la façon de le faire mourir. En ramenant Lazare à la vie, Jésus a précipité sa propre mort.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Le juste moment

Le quatrième évangile évoque à plusieurs reprises la question du juste moment. Jésus dit à plusieurs reprises que son heure n’est pas encore venue, jusqu’au moment où il déclare que l’heure est venue de passer de ce monde au père (Jn 13.1). Nous retrouvons cette idée du temps juste dans notre passage. Après avoir reçu la nouvelle de la mort de Lazare, il attend deux jours, puis il prend la décision de se rendre à Béthanie pour marcher vers la lumière.

Il a fallu deux jours à Jésus pour prendre sa décision, deux jours pour savoir ce qu’il devait faire devant la maladie de son ami et quel était le bon moment.

Les larmes de Jésus

Notre traduction dit que Jésus fondit en larmes. Les textes qui évoquent les émotions de Jésus sont rares. Jésus a dit qu’il allait relever Lazare d’entre les morts, mais il est gagné par la tristesse du deuil et la gravité de la situation.

Toutes les traditions spirituelles ont accordé une attention particulière aux larmes. Selon une interprétation des psaumes, David pleurait une tasse de larmes par jour, et selon la kabbale, les larmes permettent de hâter la venue du Messie ou d’ouvrir la lecture d’un texte dont la compréhension est fermée.

Pistes d’actualisation

1er thème : Questions de deuil

Lorsque Marthe, puis Marie, vont trouver Jésus, elles ont la même réaction : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! (v.21 et 32). Cette attitude, courante dans les deuils, est celle de la tyrannie des « si » : On se demande toujours ce qu’on aurait pu faire de plus pour éviter le drame.

Jésus répond à Marthe que son frère se relèvera d’entre les morts. Le verbe est celui de la résurrection, si bien que d’autres traductions disent ton frère ressuscitera. Jésus détourne Marthe et Marie de leurs regrets pour orienter leurs pensées vers l’espérance. 

Face à nos deuils, nous sommes appelés à demeurer des témoins de la résurrection, c’est-à-dire de la vie dans une ambiance de morts.

2e thème : La résurrection hier et aujourd’hui

Lorsque Jésus dit à Marthe que son frère ressuscitera, elle répond qu’il se relèvera à la résurrection, au dernier jour. Jésus lui répond en ne parlant plus du dernier jour, mais de leur aujourd’hui : C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui met sa foi en moi, même s’il meurt, vivra.

La résurrection est une espérance pour l’au-delà de notre existence, mais c’est avant tout une réalité que nous sommes invités à accueillir dans l’aujourd’hui de notre temps. C’est aujourd’hui que nous devons choisir la vie même au milieu de nos morts.

Lorsque Paul parle de nos deuils dans l’épître aux Thessaloniciens, il déclare : Nous ne voulons pas… que vous ne vous attristiez pas comme les autres, qui n’ont pas d’espérance (1 Th 4.13). Il ne dit pas que nous ne sommes pas tristes, mais que notre tristesse est différente, car elle est traversée par l’espérance de la résurrection.

3e thème : Celui qui croit en moi ne mourra pas

Lorsque Jésus déclare que celui qui croit en lui ne mourra pas, il faut bien sûr entendre cette parole au niveau symbolique. Il ne parle pas de l’espoir d’une hypothétique immortalité, nous savons que notre vie est courte et qu’un jour elle s’arrêtera. Quand la Bible parle de résurrection, elle ne parle pas d’une absence de mort, mais d’un au-delà de la mort.

Jésus ne parle pas d’espoir, mais d’espérance qui relève d’un autre registre. Elle n’est pas la conviction que les choses vont bien tourner, mais la certitude qu’il y a une expérience à vivre et une présence à accueillir en toute situation.

Nous pouvons associer cette parole à la notion de vie éternelle que Jésus définit ainsi dans sa prière : La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu (Jn 17.3). La vie éternelle, ce n’est pas la vie perpétuelle, mais l’assurance que notre vie est inscrite dans l’éternité de Dieu. En cela, ce que nous vivons relève de l’éternel et ne mourra pas.

Une illustration : Jésus pleura

Dans une légende rabbinique, lorsque Adam et Ève ont été expulsés du jardin d’Éden, ils sont allés voir Dieu et lui ont dit : « Tu ne peux pas nous laisser tout seuls comme ça, dans un monde si grand et si dangereux. Qu’allons-nous devenir ? » Dieu a eu compassion de ses créatures et leur a dit : « Je sais que des jours très rudes vont venir sur vous, mais sachez que je vous aime et que rien ne vous manquera. C’est pourquoi je vais sortir pour vous de mon Trésor une perle. La voici : C’est une goutte d’eau. Quand vous rencontrerez une catastrophe et quand vous vivrez une grande émotion, cette goutte d’eau sortira de vos yeux et coulera sur votre joue. Vous saurez que je suis avec vous et vous serez consolés, vous serez réchauffés, vous serez apaisés. » Les yeux d’Adam et Ève commencèrent à verser des larmes de repentance. Elles ont roulé sur leurs visages, elles sont tombées à terre et ont humecté la surface du sol. Adam et Ève ont laissé en héritage à leurs enfants et à leurs descendants jusqu’à la fin des temps le pouvoir de verser des larmes.

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Amos-Raphaël Ngoua Mouri, pasteur de l’Eglise protestante unie de France, pour discuter de Jean 11, 1-45 : https://regardsprotestants.com/video/bible-theologie/jesus-et-son-ami-lazare/

Ez 37.12-14 – Dieu ouvre nos tombes

Le retour d’exil comme résurrection

Le contexte – Le livre d’Ézéchiel


Ézéchiel est un prophète qui a eu la lourde tâche de prophétiser dans les années qui ont précédé et suivi la chute de Jérusalem en 587 avant notre ère. Il fait partie d’un premier groupe d’exilé qui est déjà à Babylone lors de la chute de la capitale des Judéens.
Il impute la chute de la ville au mauvais comportement de ses dirigeants qui sont accusés de violence, d’injustice et de corruption (Ez 22), et à l’adultère spirituel d’Israël qui comparé à une épouse infidèle qui a abandonné son époux pour des idoles (Ez 16).
Si les visions du prophète commencent par le jugement, elles se terminent par une promesse de relèvement parce que le grand malheur n’est pas le dernier mot du livre. Dans la vision des ossements, Ézéchiel assiste à la reconstitution du peuple. Les os desséchés se rassemblent et se couvrent de chair et de peau pour redevenir vivants.
Dans le passage qui suit le texte de ce dimanche, la reconstruction du peuple revient sur le schisme en retrouvant l’unité des douze tribus.

Que dit le texte ? – Une image de la résurrection


J’ouvre vos tombes… et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Le retour d’exil est interprété comme une résurrection. Dans la Bible les notions de mort et de vie dépassent le seul niveau biologique et sont souvent lues de manière symbolique comme par exemple lorsque le père de l’enfant prodigue dit à
propos de son fils qu’il était mort et qu’il est revenu à la vie (Lc 15.32).
Une phrase qui revient à deux reprises en 3 versets dit à propos du retour d’exil : Ainsi vous saurez que je suis le Seigneur. Cette expression peut être considérée comme un e devise car elle est répétée à trois autres reprises dans les chapitres 36 et 37. Elle nous invite à relire tout ce qu’il y a de beau et de bon dans notre histoire et à les considérer comme des marques de la bénédiction de Dieu sur notre histoire.
Je mettrai mon souffle en vous, et vous reprendrez vie. Cette annonce répétée dans le livre d’Ézéchiel peut être interprétée comme une préfiguration du Nouveau Testament qui, à partir de la Pentecôte, évoque une nouvelle relation entre Dieu et ses enfants qui ne passe plus par les médiations religieuses traditionnelles mais par une relation personnelle.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le retour à la vie de Lazare


Le texte d’Ézéchiel nous conduit à une lecture du récit du relèvement de Lazare qui va au-delà du signe pour s’arrêter sur ce qu’il désigne. Le message du texte se trouve dans les paroles de Jésus à Marthe : C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui met sa foi en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et met sa foi en moi ne mourra jamais. Personne ne prend ces propos au pied de la lettre : nous savons bien que la foi n’est pas un élixir qui nous rendrait immortels. Elle nous annonce que la foi ouvre les dimensions de notre vie pour lui donner une dimension éternelle. La vie éternelle n’est pas la
vie perpétuelle, c’est une vie inscrite dans l’éternité

Rm 8.8-11 – Vivre selon l’Esprit

L’emprise de la chair ou de l’Esprit


Le contexte – L’épître aux Romains


L’épître aux Romains est un exposé qui résume la théologie de Paul. Les premiers chapitres sont consacrés à montrer le cœur de la foi qui est la justification par la grâce, puis il relit l’ensemble de la théologie à partir de ce fondement.
Au chapitre 8, il en arrive à la question de la confrontation avec le mal et il montre en quoi la justification est une espérance qui permet de tenir debout face au mal. Il montre comment la foi en la résurrection est une assurance qui nous permet de vivre selon l’Esprit.


Que dit le texte ? – Le vie de foi


Le passage joue sur l’opposition entre celui qui vit sous l’empire de la chair et celui qui vit sous l’empire de l’Esprit. Il ne s’agit pas d’une opposition entre le matériel et le spirituel mais entre une vie soumise aux contradictions du péché et aux divisions internes et une vie unifiée car vécue sous le pardon de Dieu.
Le mot empire évoque une habitation, une appartenance. La foi n’est pas une idée, mais une vie, il ne s’agit pas de croire en Dieu, mais de vivre en Dieu, de poser sa vie à l’intérieur de Dieu.
Celui qui a réveillé le Christ d’entre les morts fera aussi vivre vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Nous pouvons voir dans ce verset la grande espérance de la foi : si je m’ouvre à l’Esprit, un jour l’Esprit habitera en moi et me permettra de vivre la plénitude de Dieu dans ce temps-ci.
Être chrétien, c’est accueillir la vie du Christ dans un corps traversé par la mort. C’est entendre la parole du Christ : Quiconque vit et met sa foi en moi ne mourra jamais (Jn 11.26). Mon corps reste mortel, mais par la foi, je sais que je vis une vie plus grande que la mort.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le retour à la vie de Lazare


Dans le verset du relèvement de Lazare, les notions de mort et de vie dépassent leur simple compréhension biologique notamment dans le verset dans lequel Jésus déclare que celui qui croit en lui ne mourra jamais.

Ces passages font l’opposition entre la chair et l’esprit, la mort et la vie, une vie centrée sur sa propre personne et une vie ouverte à la présence de Dieu en nous et autour de nous.
C’est cette réalité nouvelle que l’Évangile apporte et qui est symbolisée par le relèvement de Lazare qui joue sur l’opposition entre une vie de mort, enfermée dans un tombeau et liée par des bandelettes, et une vie de vie qui porte et partage la vie du Christ.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis