Jn 20.1-9 – Le tombeau vide

Introduction

Le verset précédent nous avait laissés juste avant l’entrée dans le sabbat, ce qui avait suscité la hâte des amis de Jésus qui l’ont enseveli dans un tombeau avant la tombée du jour. Le deuxième jour est jour de sabbat, il ne se passe rien. Nous sommes ici à l’aube du troisième jour qui est le premier jour de la semaine, mais surtout le premier jour d’un temps nouveau marqué par la victoire de la vie sur la mort.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Marie Madeleine

Tous les évangiles sont d’accord pour dire que Marie Madeleine fut la première femme qui a été témoin du tombeau vide. La tradition en a fait une ancienne prostituée en l’assimilant à la femme de mauvaise vie qui a pleuré sur les pieds de Jésus et qui lui a essuyé les pieds de ses cheveux, mais aucun indice ne permet ce rapprochement. La seule chose qu’on sait est qu’elle a été délivrée de sept démons (16.9), c’est-à-dire qu’elle a vécu dans son histoire une première résurrection. Ensuite on sait qu’elle fait partie des femmes qui ont suivi Jésus.

C’est surtout une des femmes qui était à la croix alors les disciples étaient absent à part un. Les évangiles mettent en valeur les femmes qui ont accompagné Jésus jusque dans sa passion et qui ont été les premières témoins de la résurrection.

Simon Pierre et le disciple que Jésus aimait

Les deux premiers disciples qui sont les témoins du tombeau vide sont Simon Pierre qui a suivi Jésus jusqu’à son procès avant de le renier et le disciple que Jésus aimait qui est le seul qui était à la croix. Avant de mourir, Jésus lui a confié sa mère. Le texte nous dit que le second courrait plus vite que le premier, il était probablement plus jeune.

Pierre sera désigné comme le berger du troupeau des disciples de Jésus, il a un tempérament de chef, et le disciple que Jésus aimait est plus dans la relation. Ils représentent deux modèles de disciple.

Pistes d’actualisation

1er thème : L’hypothèse de l’enlèvement

Quand Marie Madeleine, voit que le tombeau est vide, elle croit que le corps de Jésus a été enlevé. Le dernier verset de notre passage dit que les disciples n’avaient pas encore compris l’Écriture, selon laquelle il devait se relever d’entre les morts. Comme ils ne peuvent envisager la résurrection, il ne reste que l’hypothèse de l’enlèvement.

L’évangile de Matthieu dit que les grands prêtres ont soudoyé les gardes pour répandre cette hypothèse qui devait courir au temps de la rédaction des évangiles. Paradoxalement cette hypothèse renforce la thèse de la résurrection car elle témoigne de la réalité du tombeau vide et l’évangile parle des disciples comme d’hommes qui sont déboussolés par la croix, pas comme des complotistes qui réalisent le kidnapping parfait.

On peut ajouter que l’indice du linge roulé à part infirme l’hypothèse de l’enlèvement : il est plus facile de porter un corps dans un tissu qu’un corps nu !

2e thème : Le chemin de la foi

Nous pouvons relever le chemin de la foi chez le disciple que Jésus aimait. Le texte dit qu’arrivé le premier au tombeau, il commence par se baisser et voir les indices de la résurrection avec les bandelettes, mais il n’entre pas, il prend le temps de la réflexion. Un peu plus tard, le texte dit qu’il vit et qu’il crut.

Chez le disciple que Jésus aimait, la foi n’est pas une illumination soudaine, il a pris le temps d’observer et de réfléchir avant de voir et de croire. La foi en la résurrection n’est pas absurde, on peut être le fruit d’une réflexion. Car après tout entre les disciples qui ont été incapables d’être aux côtés de leur maître dans son épreuve et les disciples qui ont affronté la persécution de la synagogue et de l’Empire romain, il y a une vraie différence qui doit bien reposer sur quelque chose !

3e thème : Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture

Le dernier verset dit qu’ils n’avaient pas encore compris l’Écriture, selon laquelle il devait se relever d’entre les morts. Dans l’évangile de Luc Jésus a expliqué aux pèlerins d’Emmaüs ce qui le concernait dans les Écritures (Lc 24.27) et quand il a retrouvé les Onze, il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures (Lc 24.45).

La résurrection est la clef d’interprétation à partir de laquelle on peut comprendre les Écritures. Le message global de toute la Bible est que la mort n’a pas le dernier mot. La Bible parle de morts : le déluge, la servitude égyptienne, l’exil, la mort du Christ, la persécution de la première Église, mais chacune de ses morts est suivie d’un relèvement. Après le déluge, Abraham ; après la servitude égyptienne, l’exode ; après l’exil babylonien, le retour et la reconstruction du temple ; après la croix, le tombeau vide ; et après la persécution de la première Église, la victoire de l’agneau sur le dragon.

Le message de la résurrection, c’est qu’on n’a pas le droit de désespérer car il n’y a pas d’hiver qui ne débouche sur un printemps, pas de nuit qui ne donne naissance à un matin, pas de mort qui ne soit suivie d’une résurrection.

Une illustration : Schweitzer et le choix de la vie

Sur le fleuve qui le ramène à Lambaréné, Albert Schweitzer réfléchit au principe universel qui peut fonder une éthique. On contemplant un troupeau d’hippopotames, il pense à la formule : « Je suis vie qui veut vivre, entourée de vie qui veut vivre. » Cette définition parle de résurrection. Elle nous aide à comprendre le commandement du livre du Deutéronome « Tu choisiras la vie afin que tu vives » (Dt 30,19) comme un refus de tout dogmatisme, comme un appel à toujours se poser la question de savoir où est la voie qui porte le plus de vie.

Le tombeau vide est une espérance et une exigence : parce que la mort n’a pas le dernier mot, nous sommes tous appelés à la vie !

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Amos-Raphaël Ngoua Mouri, pasteur de l’Eglise protestante unie de France, pour discuter de Jean 20, 1-9 : 

Col 3.1-4 – Cherchez les choses d’en haut

Votre vie est cachée en Dieu

Le contexte – L’épître aux Colossiens

L’épître aux Colossiens présente certaines proximités avec l’épître aux Éphésiens en présentant un Christ cosmique qui était à la création du monde et en qui toute l’histoire est récapitulée et qui de ce fait opère la réconciliation entre les juifs et les non-juifs.
Elle s’oppose à des judaïsants qui appellent les Colossiens à mener une vie ascétique au nom d’une sagesse supérieure. Paul a des propos très durs pour ses personnes en disant que, sous un couvert d’humilité et de culte des anges, ils sont gonflés de vanité par la pensée de leur chair (Col 2.18).
Aux prescriptions d’une loi supérieure, l’auteur de l’épître affirme aux Colossiens qu’ils sont libres parce qu’ils sont ressuscités avec le Christ et que leur vie est cachée en Dieu.

Que dit le texte ? – Vivre en ressuscité

Si donc vous vous êtes réveillés avec le Christ, cherchez les choses d’en haut.
Dans les versets qui précèdent l’épître déclare que les fidèles sont morts avec le Christ (2.20). Être morts et ressuscités avec le Christ est l’image du baptême. L’identité des disciples leur est donnée par leur baptême et non par des prescriptions religieuses.
Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Dans la foi, il y a quelque chose d’intime que personne ne peut percer. Comme le disait Luther : on est seul à croire comme on est seul à mourir. Dans nos relations sociales, nous exposons la surface de notre personne. Devant Christ, nous
pouvons être en vérité, avec ce qu’il y a de plus caché en nous. Dans le sermon sur la montagne, Jésus a déclaré : Mais toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra (Mt 6.6). C’est dans le secret,
le caché, que se joue l’essentiel de la foi.
Quand le Christ, votre vie, se manifestera, alors vous aussi vous vous manifesterez avec lui, dans la gloire. Alors sera révélée toute la beauté de notre histoire. La gloire de Dieu est la manifestation publique de ce qui a été annoncé au premier chapitre : il vous a maintenant réconciliés, par la mort, dans son corps de chair, pour vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et sans reproche (1.22).

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – L’annonce de la résurrection
Dans les quelques versets de l’évangile de Matthieu qui racontent la résurrection, l’ange et le Christ dit aux femmes qu’il attend ses disciples en Galilée. La Galilée, c’est le lieu de leur enfance, le lieu où ils ont été rencontrés et appelés par le Christ. Symboliquement, c’est le lieu de leur intimité, là où leur vie est cachée en Christ. C’est à partir de cette Galilée qu’ils seront appelés à être témoins de la résurrection.

La vie de la première Église

Ils avaient tout en commun

Le contexte – Le livre des Actes des Apôtres


Le livre des Actes des Apôtres raconte comment, après l’Ascension de Jésus et le don de l’Esprit, les disciples se sont organisés pour vivre et témoigner de l’Évangile.
Dans le quatrième évangile, Jésus a laissé à ses disciples le grand commandement : Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres ; comme je vous ai aimés, que vous aussi, vous vous aimiez les uns les autres. Il a ajouté une promesse à ce commandement : Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous sauront que vous êtes mes disciples (Jn 13.34-35). L’Église témoigne autant par sa façon de vivre que par ses paroles.
Le passage de cette semaine raconte comment la première Église a témoigné par son organisation.

Que dit le texte ? – La vie de la première Église


Le premier verset évoque quatre persévérances : Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, au partage du pain et aux prières.
L’enseignement des apôtres, le début du livre des Actes nous a appris que les Apôtres ont accompagné Jésus depuis son baptême jusqu’à l’Ascension (Ac 1.21-22). Ils ont partagé la vie et des enseignements de Jésus, ses souffrances, sa mort et sa résurrection.
La communion fraternelle décrit la relation entre les membres de l’Église. Elle peut évoquer plus précisément le partage des biens décrit quelques versets plus bas. L’Église est une persévérance dans le partage.


Le partage du pain évoque le repas du Seigneur. Lorsque nous avons tendance à négliger les sacrements, nous pouvons nous souvenir qu’ils sont l’objet d’une persévérance.
Les prières, le pluriel fait référence aux offices de prières dans le temple de Jérusalem comme le confirme le verset 46.
La vie de la première Église se décrit par un principe : l’assiduité ou la persévérance, et quatre lieux de fidélité : l’enseignement, la communion, le repas du Seigneur et la prière. Les versets qui suivent déclinent les quatre assiduités.
Le dernier verset évoque les fruits de cette fidélité : Le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qu’il sauvait.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – L’apparition de Jésus aux disciples

Le risque d’une communauté au sein de laquelle les relations sont fortes est de rester entre soi. C’est pourquoi le passage des Actes qui raconte la vie de la première Église doit être mis en tension avec le passage de l’Évangile dans lequel le ressuscité souffle son Esprit à ses disciples pour les envoyer dans le
monde pour partager son évangile du pardon.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis