Entre l’absurde et l’espérance : penser le sens de l’existence à la lumière de la foi chrétienne.
La question du sens de la vie traverse toutes les époques. Philosophie, littérature, spiritualités n’ont cessé de s’y confronter. Pour le pasteur et théologien Antoine Nouis, la foi chrétienne ne contourne pas cette interrogation : elle y répond frontalement, mais d’une manière singulière. « Le sens de la vie n’est pas à construire, il est donné », affirme-t-il.
Dans la tradition biblique et protestante, la vie humaine n’est pas une parenthèse absurde dans un monde indifférent. Elle est précédée par le désir de Dieu, accompagnée par sa présence et promise à son amour. Antoine Nouis s’appuie notamment sur l’épître aux Colossiens : en Christ, l’être humain est réconcilié avec Dieu, reconnu « saint, sans défaut et sans reproche ». Cette affirmation ne nie ni les failles ni les contradictions de l’existence, mais elle libère du poids de la justification permanente.
Pour autant, la grâce n’est pas une invitation à la passivité. « La grâce n’est pas un oreiller de paresse », rappelle Antoine Nouis, citant Dietrich Bonhoeffer et sa critique de la « grâce à bon marché ». Être aimé de Dieu engage : il s’agit de témoigner, de poser des actes, de faire de sa vie une réponse à cet amour reçu.
C’est ici qu’intervient la notion de vocation. Vivre sa vocation, explique-t-il, ce n’est pas chercher une existence idéale, mais accomplir ce qu’il y a de plus singulier et de plus vrai au plus profond de soi. À l’image d’Ulysse quittant l’île de Calypso pour revenir à Ithaque, la vocation n’est pas toujours séduisante ; elle est pourtant le lieu juste où une vie prend sens.
Cette quête demeure personnelle, mais elle ne se vit jamais hors du monde. La vocation chrétienne se déploie dans la relation, l’attention à l’autre, l’engagement au cœur des fragilités humaines. Face à l’angoisse contemporaine — écologique, sociale ou existentielle — Antoine Nouis invite à revenir à l’essentiel : la fidélité quotidienne, cette « petite bonté » qui, jour après jour, résiste à l’absurde et redonne goût à la vie.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Antoine Nouis
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal pictures
