« C’est celui qui aime qui a la meilleure part. »

Il est des écrivains qui collectionnent les vies comme des trophées ; Anca Visdei, elle, les aime avant de les écrire.
À l’heure où la biographie peut parfois céder à la tentation du dévoilement ou de la performance, Anca Visdei poursuit un chemin à part, guidé par une conviction simple et exigeante : écrire n’a de sens que s’il procède d’un véritable attachement aux êtres.

« Écrire, c’est aimer une vie au point de la rendre éternelle. »

Couronnée par le Goncourt de la biographie 2025 et auteure, la même année, de trois biographies majeures, Anca Visdei s’impose aujourd’hui comme l’une des grandes voix du genre. Pourtant, rien chez elle ne relève de la conquête ou de l’affirmation tapageuse. Son œuvre avance à pas feutrés, portée par une fidélité profonde aux vies qu’elle traverse.

« Aimer n’est pas gagner : aimer, c’est donner – et c’est là la vraie lumière. »

Dans la galerie Véro-Dodat, passage parisien hors du temps, elle déambule et parle comme on confie une vérité longtemps mûrie. Aimer, dit-elle, n’est ni séduire ni gagner. Aimer, c’est donner. C’est accepter la vulnérabilité, le risque, parfois la déception. Mais c’est aussi, et surtout, ce qui rend lumineux. « Si c’est vous qui aimez, c’est vous qui avez une raison de vivre », affirme-t-elle avec une simplicité désarmante.

Son parcours, en apparence éclaté – dramaturge, romancière, journaliste, juriste, criminologue – obéit pourtant à une seule logique : la passion des êtres humains. Anca Visdei n’écrit jamais par curiosité froide. Elle choisit ses sujets parce qu’elle les respecte, parce qu’elle sent qu’elle a quelque chose à apprendre d’eux. Écrire une biographie devient alors un geste d’hommage, presque de gratitude.

Son romantisme assumé irrigue toute son œuvre. Loin d’un idéalisme naïf, il repose sur une lucidité profonde : chacun est aimable, chacun porte quelque chose d’unique que seul l’amour rend visible. Encore faut-il, dit-elle, que les temps se rencontrent : le sien et celui de l’autre. Cette attention au rythme des vies, à leurs paliers, à leurs silences, donne à son écriture une densité rare.

Pour Anca Visdei, vivre, c’est s’exprimer. Dans l’amitié, dans l’art, dans la parole partagée. Écrire, surtout, comme une manière de sauver quelque chose du temps. La vie est périssable, mais l’œuvre laisse une trace. Par l’écrit, une existence fragile devient transmissible, presque éternelle. C’est là, sans doute, que se joue la vocation la plus profonde de la biographe.

À celles et ceux qui rêvent d’écrire, son conseil est d’une radicalité bienveillante : se faire confiance. S’asseoir, poser les premiers mots, commencer. Peu importe la perfection ou la réception. Écrire fait du bien – à soi, et parfois au monde.

« Ce qui est écrit demeure. Une vie que l’on croyait périssable devient, par l’œuvre, éternelle. »

En ce jour de Saint-Valentin, le portrait d’Anca Visdei rappelle avec grâce que l’amour n’est pas seulement un thème littéraire. Il est une méthode, une éthique, une manière d’écrire, et peut-être, tout simplement, une manière d’habiter le monde.

« La biographie n’est pas une conquête, mais un acte de fidélité. »

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Anca Visdei
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Horizontal pictures

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