Un temple voulu par la reine, au cœur du pouvoir

Le décor surprend. Juste en face du palais royal de Copenhague, à deux pas du château de Rosenborg, se dresse un temple réformé élégant et lumineux. Un emplacement hautement symbolique, fruit d’une décision royale assumée. « La reine a voulu les réformés juste en face de chez elle », rappelle la pasteure Leïla Hamrat. À l’origine, il était pourtant question d’installer les communautés réformées à l’écart de la ville. La souveraine en décida autrement, finançant en grande partie la construction de ce lieu de culte destiné aux réformés français, allemands et hollandais.


Une présence longtemps marginalisée au Danemark

Le Danemark est historiquement luthérien depuis les années 1530. Pendant des siècles, toute autre expression confessionnelle protestante y fut tenue à distance. « Calvin ou Zwingli n’avaient pas droit de cité ici », rappelle la pasteure. Le refus d’asile opposé au réformateur polonais Jean Łaski en est un symbole frappant.

Il faut attendre la fin du XVIᵉ siècle et la création de la ville-garnison de Fredericia, puis surtout le mariage d’Amélie Charlotte de Hesse — de tradition réformée — avec le roi du Danemark, pour que les choses évoluent. À cela s’ajoute l’arrivée de réfugiés huguenots après la révocation de l’édit de Nantes. Peu à peu, un espace est accordé aux réformés, dans une logique de tolérance progressive et pragmatique.


Un temple partagé, reconstruit à l’identique

Le bâtiment actuel n’est pas le premier. Quarante ans après son inauguration, le temple d’origine est détruit par un incendie. Il sera reconstruit à l’identique par un architecte hollandais. Aujourd’hui encore, l’édifice appartient conjointement à l’Église réformée française et à l’Église réformée allemande. Une loge royale surélevée, visible face à la chaire, rappelle la proximité historique entre pouvoir et religion.


Une « ecclésiola » vivante et ouverte

La communauté réformée française de Copenhague reste modeste. « Une petite ecclésiola », sourit la pasteure. Les cultes en français ont lieu deux fois par mois, entre un culte allemand et une célébration coréenne. La sociologie est variée, souvent franco-danoise, attachée à la langue et à la culture françaises.

Mais la vitalité ne se mesure pas au nombre. Concerts, accueil d’artistes, ouverture quotidienne du temple l’été, partenariats avec l’Institut français, l’Alliance française ou l’ambassade de France : l’église est un lieu de passage, de culture et de rencontre. Un repas chaud mensuel est également proposé à des Danois en situation de précarité, dans une démarche diaconale assumée.


Une tradition d’accueil héritée de l’exil

Ancienne pasteure à Londres pendant treize ans, Leïla Hamrat inscrit son ministère dans une tradition d’accueil héritée des Églises du Refuge. « Ici, beaucoup sont de passage. Il faut être réactif, offrir une présence, un lieu », explique-t-elle. À l’heure de la retraite, ce poste lui permet une transition en douceur, sans renoncer à une vocation profondément relationnelle.

Dans la ville paisible de Copenhague, entre mobilité douce et urbanité tranquille, le temple réformé demeure ainsi un signe discret mais tenace : celui d’un protestantisme d’hospitalité, de mémoire et d’ouverture, fidèle à son histoire européenne.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Leïla Hamrat
Entretien mené par : David Gonzalez
Technique : Alban Robert