« Le catholique porte en lui une question protestante. »
Comment se rapporter à Dieu lui-même en passant par des médiations humaines ? Et jusqu’où ces médiations sont-elles indispensables ? C’est autour de cette interrogation centrale que s’est articulée l’intervention de Pierre Manent lors du Festival protestant du livre. Une question qui, selon le philosophe, traverse aussi bien le catholicisme que le protestantisme.
Ancré dans la culture catholique mais refusant l’étiquette de « philosophe catholique », Pierre Manent rappelle que toute réflexion politique sérieuse passe par une analyse du christianisme et de ses différentes expressions historiques. À ses yeux, la Réforme constitue un moment pivot de l’histoire occidentale, en ce qu’elle oppose une objection majeure à la médiation ecclésiale telle qu’elle s’est incarnée dans l’Église catholique. Une objection qui oblige à repenser la médiation christique elle-même.
« Comment se rapporter à Dieu même en passant par des médiations humaines ? Voilà la question décisive. »
Pour le catholique, explique-t-il, la médiation ecclésiale est à la fois indispensable et problématique. Indispensable, parce qu’elle structure la vie croyante et l’inscription communautaire de la foi. Problématique, parce qu’elle demeure humaine, donc équivoque, fragile, toujours exposée à la critique. « Voilà pourquoi, dit Pierre Manent, le catholique porte en lui une question protestante. »
« Le protestantisme constitue un moment pivot de l’histoire occidentale, parce qu’il met en question la médiation ecclésiale. »
Cette tension entre médiation et immédiateté éclaire aussi sa réflexion sur la vérité dans l’espace public. Si la vérité est aujourd’hui malmenée, elle ne l’est pas plus qu’hier, estime-t-il. Ce qui change, en revanche, c’est la manière dont on prétend l’imposer comme une évidence incontestable à laquelle chacun devrait adhérer. Or ni la vérité scientifique, réservée à quelques-uns, ni la vérité théologique, toujours discutée, ni même la vérité politique ne peuvent occuper une telle place.
« Nous ne nous organisons pas uniquement pour la vérité, mais pour la liberté, les droits humains et le bonheur. »
Dans le débat public, conclut Pierre Manent, les sociétés ne s’organisent pas d’abord autour de la vérité, mais autour de la liberté, des droits humains et de la recherche du bonheur – laissant à la pensée le soin d’en interroger sans relâche les fondements.
« Être philosophe, c’est pouvoir dialoguer avec Platon, Aristote, Pascal ou Rousseau. »
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Pierre Manent
Entretien mené par : Frédérik Casadesus
Technique – Rédaction : David Gonzalez, Alban Robert
