Dans un article publié récemment dans l’hebdomadaire Réforme, le philosophe Olivier Abel interrogeait notre rapport à la vérité à une époque marquée par l’incertitude et la fragmentation des discours. Face à la multiplication des narrations concurrentes et à l’érosion des repères traditionnels, il invite à une approche plus souple et critique de la vérité, qui ne soit ni dogmatique ni relativiste. Comment concilier exigence de vérité et respect de la pluralité des points de vue ? En repensant notre manière de l’appréhender, le philosophe protestant propose une réflexion éthique et engagée pour restaurer un dialogue constructif au sein de nos sociétés.

Le philosophe Olivier Abel, connu pour ses réflexions dans la revue Réforme, aborde la complexité de la vérité dans le contexte contemporain, marqué par une crise significative de vérité exacerbée par les fausses nouvelles et l’utilisation manipulatrice des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Inspiré par la notion de Hans Urs von Balthasar, il soutient que la vérité est « symphonique », nécessitant une pluralité de voix, parfois même discordantes, pour composer une mélodie complète et authentique.

Olivier Abel appelle à repenser notre approche de la vérité face aux défis actuels, notamment la montée du scepticisme et le phénomène de la « post-vérité », souvent illustrés par des événements comme l’élection de Donald Trump ou les prises de position d’Elon Musk. Il fait valoir que notre démocratie, traditionnellement fondée sur une diversité d’opinions validées par des institutions garantes de la vérité, est en danger lorsque ces institutions sont affaiblies.

Pour naviguer dans cette ère de doute, il propose de s’attacher à des témoignages crédibles, une pratique soutenue par les travaux de philosophes comme Paul Ricœur. Ce dernier, dans son œuvre « La mémoire, l’histoire, l’oubli », met en avant la fragilité mais aussi la nécessité des témoignages pour comprendre et conserver l’histoire.

Olivier Abel insiste sur la nécessité d’une « hospitalité vigilante », où les critères de sincérité et de probité sont essentiels pour évaluer la crédibilité des témoignages. Il évoque également l’importance de l’esprit critique, rappelant que dans le passé, la surabondance de livres publiés suite à l’invention de l’imprimerie a créé une crédulité dangereuse, un parallèle à notre ère numérique.

Le philosophe envisage également le rôle de l’Europe et du protestantisme dans la promotion de cette approche critique et ouverte. Il met en lumière le besoin d’une « symphonie » de témoignages où la vérité n’est pas monopolisée par une seule voix, mais partagée dans un respect mutuel.

Olivier Abel interpelle sur la capacité des sociétés modernes à faire face à la manipulation des faits et à la reconstruction artificielle de la réalité, souvent à des fins politiques ou idéologiques. Il souligne l’urgence de sauvegarder une démocratie basée sur des faits indiscutables et un dialogue ouvert, reprenant les idées d’Hannah Arendt sur la vérité et la politique pour souligner que le totalitarisme cherche à supplanter la vérité par des illusions, menaçant ainsi les fondements mêmes de la liberté et de la démocratie.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Olivier Abel
Entretien mené par David Gonzalez
Technique : Horizontal Pictures