La foi dans l'éducation populaire

La foi dans l’éducation populaire

Education et responsabilisation locale. Quatrième et dernier volet de la série consacrée à "Charles Gide et la francophonie".

Un contenu proposé par Fil-info-francophonie

Publié le 7 décembre 2016

Auteur : Sébastien Fath

Éduquer, éduquer, éduquer sans cesse. Parce qu’il vise à mettre en relation chaque fidèle avec la Parole de Dieu, le protestantisme s’est caractérisé, dans l’histoire du christianisme, par son accent sur l’éducation populaire. Ce n’est pas un hasard si c’est l’Ecosse presbytérienne, dans l’Europe moderne, qui est le premier territoire à avoir atteint le taux de 50% d’alphabétisés parmi sa population. Car le Sola Scriptura (l’Ecriture Seule) n’a de sens que si l’on sait lire !

La pensée de Charles Gide, théoricien francophone de l’économie sociale et solidaire, a été profondément marquée par cette valorisation très protestante de l’éducation pour tous, comme moyen d’échapper au « c’est comme ça » de l’autorité arbitraire. En permettant à chacune et chacun de s’approprier un savoir-faire et une expertise, l’éducation populaire fournit les éléments d’appréciation qui permettent à l’action collective d’être collégiale, concertée, coopérative, au lieu de se résumer à un rapport de subordination entre un donneur d’ordre et des exécutants passifs. C’est le quatrième pilier du modèle d’économie sociale et solidaire qu’il promeut, via la responsabilisation des consommateurs (I), la liberté d’association (II), et la coopérative solidaire (III), alternative aux risques opposés d’un Etat omnipotent ou d’un individualisme atomisé.  Ce n’est pas celui qu’il a le plus développé. Mais on en retrouve des échos tout au long de son itinéraire intellectuel et militant, jusque dans le parrainage qu’il accorde, en 1929, au nouvel Office central de la coopération à l’école mis en place par Emile Bugnon.

Éducation sociale et populaire

La solidarité bien comprise passe, à ses yeux, par l’éducation. Evoquant l’enjeu de l’assurance sociale, il affirme ainsi qu' »il serait mieux sans doute qu’elle puisse être précédée par une éducation sociale, mais cette éducation se fera peu à peu, par la pratique même et par la réaction contre les abus » (1). « Jamais il ne renoncera à cette foi dans l’éducation populaire », commentera Marc Pénin.

Sa réflexion s’inscrit, en France, dans le contexte des grandes lois scolaires de Jules Ferry (1881-1882), et plus généralement, dans celui d’une Europe francophone travaillée par l’influence à longue portée des Lumières, celle d’un protestantisme alors très axés sur le développement d’une offre scolaire de qualité, et celle, plus récente, d’un mouvement ouvrier soucieux de former « les masses populaires ». C’est par l’éducation, croit-on, que les citoyens accèdent à une liberté réelle et s’émancipent plus facilement des aliénations qu’ils subissent. La société d’économie populaire fondée à Nîmes en 1882 par Charles Gide s’inscrit dans cette perspective, dix ans avant la création des sociétés populaires d’instruction créées par Charles Péguy et le philosophe Alain.  Jean-Marie Mignon, historien de l’éducation populaire, considère cette société fondée par Gide comme un projet précurseur du grand mouvement éducatif qui va se déployer à partir de la fin du XIXe siècle (2).

Dans toute la francophonie, l’Association Charles Gide s’efforce aujourd’hui non seulement de maintenir vivace, mais d’actualiser cette ambition d’éducation populaire au service des solidarités locales. Elle procède par conférences (invités africains entre autres), travail théorique et présence sur le Web, via un site internet francophone qui renvoie à plusieurs bibliothèques numériques qui donnent accès, gratuitement, au savoir (3). À un autre niveau, plusieurs écoles publiques aujourd’hui, comme l’école maternelle Charles Gide à Denain (rue des coopérateurs !) ou le lycée général et technologique Charles Gide, à Uzès (France), portent également la marque dans leur nom même, au XXIe siècle, de l’inspiration éducative de ce grand précurseur…. qu’il serait bon de redécouvrir et d’actualiser.

On aurait tort, en effet, de se reposer sur des acquis en partie illusoires. Comme l’explique Geneviève Poujol (4), le grand dessein de l’éducation populaire s’est dilué, depuis les années 1970. Ces projets éducatifs ambitieux se sont effacés derrière le primat de l’animation socioculturelle, ou « l’activité socio-éducative »…. Des réorientations relayées aujourd’hui par la téléréalité, « Touche Pas à Mon Poste » et autres distractions de masse supposées nous apprendre quelque chose, ou nous anesthésier ?  Du pain et des jeux, disait l’autre…

(1) Charles Gide, extrait de Les oeuvres de Charles Gide, écrits 1869-1886, Paris, L’Harmattan, vol 1, 2000.

(2) Jean-Marie Mignon, Une histoire de l’éducation populaire, Paris, La Découverte (coll. Alternatives sociales), 2007.

(3) http://www.charlesgide.fr/bibliotheques-numeriques

(4) Geneviève Poujol, Éducation populaire : le tournant des années 70, L’Harmattan (coll. Débats Jeunesses), 2000.

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