Vous l’avez sans doute compris au titre de mon intervention, j’aimerais rendre compte d’une certaine évolution du féminisme, depuis le féminisme tel qu’il a pu émerger dans les années 1950 à 1970, à la suite entre autres de la parution du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir en 1949, jusqu’à ce qu’on a coutume d’appeler le néo-féminisme, né aux alentours des années 2000, et dont Judith Butler est une figure de référence.

Je choisis deux femmes philosophes sans entrer dans le détail des combats féministes dont elles ont été l’une et l’autre inspiratrices, d’une part pendant les Trente Glorieuses (avec en France le MLF, le planning familial, la loi Veil autorisant l’avortement, etc.), dans le prolongement d’un éveil de la conscience politique féministe au cours du 20e siècle, et d’autre part depuis le début du 21e siècle, où ces combats ont partie liée avec la lutte contre l’homophobie, et je dirais plus généralement contre une vision hétéronormée et patriarcale de la société (qui a abouti au mouvement #MeToo en même temps qu’au mouvement LGBTQ). Derrière ce néo-féminisme, qui est susceptible de susciter un certain rejet ou qui peut agacer, se dresse la figure de Judith Butler, fer de lance des études de genre. Elle est, entre autres, l’auteure de Gender trouble (Trouble dans le genre, 1990) et de Défaire le genre (2006).

Laissons les polémiques. Je voudrais simplement présenter les thèses philosophiques de l’une et l’autre. Les comparer, les confronter. Ce qui est l’occasion de stimuler notre réflexion au sujet de la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes.

Deux mots d’abord sur nos deux auteures.

Simone de Beauvoir (1908-1986), écrivaine et philosophe, est reconnue mondialement depuis la parution du Deuxième sexe. Elle fut la compagne de Sartre (mort en 1980) dont elle a partagé les principales thèses existentialistes, quelle que soit aussi son originalité propre.

Judith Butler, Américaine, née en 1956, professeure à l’université Berkeley depuis 1993 (elle enseigne aussi en Suisse à l’European Graduate School), est connue pour son travail sur le genre ou le courant queer. Juive antisioniste, radicale de gauche, elle dénonce l’impérialisme américain ou l’islamophobie. Elle est à son tour une philosophe reconnue, lectrice de Hegel, de Marx, de Freud, de Lacan, de Foucault, de Derrida, de Lévi-Strauss… une philosophe ardue, de lecture plus difficile que Simone Beauvoir, et qui, en tout cas, ne s’est pas essayée comme cette dernière à la littérature […]