Au Burkina Faso, l’initiative Faso Mêbo fait les gros titres. Son nom signifie « Construisons le pays ». Elle mobilise les initiatives locales pour développer le Faso. L’opération Faso Mêbo s’inscrit dans une dynamique politique et sociale particulière : celle d’un pays qui cherche à renforcer sa souveraineté et à mobiliser ses propres forces pour répondre aux défis du développement. Lancé sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, ce programme repose sur une idée simple mais structurante : la reconstruction nationale ne peut reposer uniquement sur l’aide extérieure, mais doit d’abord s’appuyer sur l’engagement des citoyens et des institutions nationales.
Dans cette perspective participative, Faso Mêbo invite les Burkinabè, les organisations, les entreprises et la diaspora à participer concrètement à la transformation du pays. Les contributions prennent des formes diverses : dons financiers, matériaux de construction, équipements ou participation directe aux chantiers, souvent consacrés à l’amélioration des voies de communication. Cette démarche, très populaire, marque une rupture avec les modèles de développement fortement dépendants de financements extérieurs qui ont longtemps caractérisé de nombreux pays africains.
La participation du ministère Karambiri
Parmi les structures qui ont répondu à cet appel figure le Centre international d’évangélisation / Mission intérieure africaine (CIE/MIA), fondé en 1987 par le pasteur néopentecôtiste Mamadou Karambiri. Ce 24 février 2026, une délégation de cette organisation protestante évangélique, conduite par Hortense Karambiri, vice-présidente du ministère et pasteure principale de la megachurh Bethel Israel (Ouagadougou), a procédé à la remise d’un don au siège de l’Agence Faso Mêbo à Ouagadougou. Cette contribution du CIE/MIA est estimée à 10 875 000 FCFA. Une somme considérable !
Elle comprend :
- 50 tonnes de ciment (en plusieurs milliers de sacs), destinées aux travaux d’infrastructures ;
- 300 kits alimentaires pour les travailleurs ;
- 5 millions de FCFA en espèces (soit plus de 7600 euros).
Au-delà de ces apports matériels et financiers, des membres de la délégation évangélique ont également participé symboliquement à certaines activités sur le site. La pasteure Hortense Karambiri ne fut pas la dernière à utiliser la truelle pour réaliser des pavés en ciment, illustrant l’esprit de participation citoyenne qui caractérise l’initiative. Il y a bien entendu, dans l’initiative, un aspect de communication et de propagande. Mais pas seulement, loin s’en faut. Pour les responsables du ministère évangélique CIE/MIA, cette implication concrète traduit aussi une volonté de soutenir les efforts de transformation du Burkina Faso, « pays des hommes intègres », tout en rappelant que les institutions religieuses peuvent aussi jouer un rôle dans les dynamiques sociales et nationales. La pasteure Hortense Karambiri déclara à cette occasion : « Ensemble, nous sommes en train de dire par rapport à cette initiative présidentielle que c’est main dans la main que nous allons construire cette nation et nous sommes d’accord avec cette idée de faire le développement de ce pays par nous-mêmes Burkinabè » . Elle ajoute :« Cette initiative est un appel à tout le Burkina Faso pour mettre la main dans ce que le président a lancé » (1). Un soutien clair à l’initiative gouvernementale de développement participatif, qui substitue au paradigme misérabiliste d’un pays « qui reçoit » le paradigme solidariste d’une co-construction populaire de la prospérité future du Burkina Faso.
Une mobilisation qui dépasse les milieux religieux
La contribution très significative du ministère Karambiri illustre une des facettes d’un « nouveau pouvoir évangélique » (2) qui ne repose pas seulement sur l’individualisme, mais qui valorise la construction collective et la responsabilisation des premiers intéressés. Elle s’inscrit aussi dans un mouvement beaucoup plus large. Depuis son lancement, l’opération Faso Mêbo, inspirée par l’héritage souverainiste et participatif de Thomas Sankara (1949-1987), a suscité des apports provenant d’horizons très variés: entreprises locales, institutions publiques, communautés étrangères installées au Burkina Faso, autorités traditionnelles ou encore membres de la diaspora. Par exemple, certaines entreprises ont offert d’importantes quantités de ciment ou de matériaux de construction, tandis que des associations ou des collectifs citoyens ont contribué financièrement ou matériellement. Des institutions publiques ont également apporté des équipements destinés à soutenir la gestion et la coordination du programme. Ces contributions, parfois modestes, parfois plus importantes, participent à un effort collectif qui vise à améliorer les infrastructures urbaines, le réseau routier et l’environnement des villes. Selon les données communiquées autour du programme, plusieurs centaines de millions de francs CFA ont déjà été mobilisés, sans compter les apports en nature et le travail bénévole de nombreux volontaires.
Au-delà de ses réalisations concrètes, Faso Mêbo est également perçu par certains observateurs comme un symbole d’une nouvelle orientation politique au Burkina Faso. L’initiative met en avant l’idée d’un développement endogène, qui repose sur les ressources et les capacités internes du pays. Dans un contexte où les relations entre plusieurs pays du Sahel et leurs anciens partenaires occidentaux connaissent des transformations postcoloniales importantes, ce type de programme contribue à redéfinir les modèles de coopération et de développement. L’objectif affiché est de promouvoir une culture de responsabilité collective, dans laquelle l’État, les institutions, les entreprises et les citoyens participent ensemble à la construction nationale.
Qui sait si l’expérience Faso Mêbo pouvait intéresser d’autres pays du continent, confrontés à des débats similaires sur la souveraineté économique et politique ? Dans plusieurs États africains encore marqués par des structures économiques héritées de la période coloniale ou par des formes de dépendance extérieure souvent associées à l’héritage de la « Françafrique », la question du développement endogène est régulièrement posée. L’idée selon laquelle les citoyens peuvent contribuer directement à des projets d’infrastructures ou à des initiatives nationales n’est pas nouvelle, mais l’ampleur de la mobilisation autour de Faso Mêbo, notamment soutenue par le ministère Karambiri, attire l’attention. Dans un pays confronté à des défis économiques, sécuritaires et sociaux importants, cette mobilisation citoyenne constitue pour beaucoup un témoignage de résilience et une tentative prometteuse qui vise à repenser les bases du développement national.
(1) Hortense Karambiri, citée par Serge Pacome Zongo (Burkina24) et Fouoniyama Prisca Idani, « Burkina Faso : Le Centre international d’évangélisation/MIA apporte plus de 10 millions de F CFA à Faso Mêbo », 24 février 2026 (online)
(2) Sébastien Fath, Le nouveau pouvoir évangélique, Paris, Grasset, 2026
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