Le Docteur Hicham El Mostain a soutenu avec succès ce 2 avril 2026 une thèse de doctorat en sciences sociales à Bruxelles, sous la direction du professeur Bernard Coyault (FUTP). Son mémoire de recherche s’intitule : « Communauté et identité chez les Marocains disciples de Jésus : enquête socio-historique. Ouverture missiologique » (1). La thèse d’Hicham El Mostain traite avec distance critique et contextualisation d’un sujet brûlant : celui de la discrète pluralisation du champ religieux dans le Maroc postcolonial, sous l’angle des conversions de Marocaines et Marocains au christianisme – principalement à l’évangélisme -, avec tous les enjeux de renégociation identitaire que cela pose dans ce grand pays du Maghreb où l’islam est présenté comme un ciment national.

Ce bel aboutissement d’une recherche de longue haleine déploie 500 pages de données, d’analyse et d’érudition, combinant approche historique fouillée et enquête socio-anthropologique de terrain, dans le respect de l’anonymisation des données d’entretien. En attendant la publication de ce travail pionnier, important et passionnant, signalons que l’auteur n’en est pas à son coup d’essai en matière de recherche doctorale.

Une thèse peut en cacher une autre

Avant ce doctorat forgé grâce aux outils des sciences sociales, qui porte essentiellement sur l’époque contemporaine, Hicham El Mostain a en effet réussi la gageure de soutenir une autre thèse de doctorat, le 15 décembre 2023, dans le cadre de la FASSE (Faculté de Sciences Sociales et Économiques) de l’Institut Catholique de Paris, sous la direction d’Emmanuel Pisani. Cette thèse, d’un particulier intérêt pour historiciser au long cours les dialogues entre christianisme et islam dans l’espace francophone, porte sur un auteur du Moyen-Âge. Elle a été depuis publiée aux éditions du Cerf (2). La revue francophone Annalecta Bruxellensia en a notamment proposé une recension détaillée, sous la plume de Nathalie Claessens, elle-même islamologue. Cette dernière souligne d’abord que l’ouvrage, issu d’un travail doctoral, se distingue par une structure très méthodique et fouillée, qui permet aujourd’hui de refaire le point sur les dimensions historiques, théologiques et apologétiques de la pensée de Raymond Lulle (1232-1315), auteur incontournable dans les études missiologiques.

Intellectuel catalan prolifique et apologète chrétien, au carrefour des monothéismes, Lulle est notamment un pionnier dans le débat interreligieux avec l’islam. Nathalie Claessens met en avant la ligne directrice du livre d’Hicham El Mostain : Lulle apparaît comme un acteur majeur d’une forme originale de mission chrétienne, fondée non sur la force brute ou la pression, mais sur une argumentation rationnelle qui suppose d’entrer en dialogue avec les autres religions, en particulier l’islam. Dans le rapport à l’autre, le but n’est pas de contraindre par l’épée, mais de convaincre par l’idée. Le projet lullien apparaît traversé par une tension constitutive entre visée apologétique (conversion) et ouverture dialogique. L’intérêt du livre est précisément de ne pas réduire Lulle à un simple précurseur du dialogue moderne, mais de restituer la complexité de sa démarche, à la fois respectueusement polémique et profondément attentive à l’intelligence de l’autre. La richesse documentaire et l’ampleur de la bibliographie font de ce livre à la fois une contribution scientifique appréciable, mais aussi un outil possible pour alimenter le débat sur les conditions contemporaines d’un dialogue entre religions, marqué par l’asymétrie entre conviction de vérité et reconnaissance de l’altérité religieuse.

(1) Ne pouvant juridiquement décerner de doctorat en sciences religieuses ou en sciences sociales, la FUTP labellise cette recherche comme un doctorat en théologie. Il n’en a pas moins été convenu et reconnu, dans le cadre du conseil doctoral, que l’angle, la méthodologie et le contenu de la thèse relèvent pleinement des sciences sociales

(2) Hicham El Mostain, Les croisades de Raymond Lulle. L’apologétique et le dialogue interreligieux au XIIIe siècle, Paris, Éditions du Cerf, 2024 ; 1 vol., 288 p. (Cerf Patrimoines)

(3) Nathalie Claessens, recension de Hicham El Mostain, Les croisades de Raymond Lulle, op. cit., dans Analecta Bruxellensia, 25(1), 2024, p.249-254