Au fil des années, la pasteure Victoria Kamondji est devenue une des voix de référence de la « famille recomposée » du protestantisme français. Présidente depuis décembre 2022 de la CEAF après avoir été vice-présidente de la FPF (Fédération protestante de France) entre 2007 à 2013, elle a été élevée au rang de chevalier de l’Ordre national du Mérite, par décret du 15 mai 2025 (1). Dans un premier volet d’entretien, écoutons-la nous présenter le rôle de la CEAF.
1 / Victoria Kamondji, merci de nous présenter votre parcours
Titulaire d’un doctorat en littératures francophones à l’Université de Lille (anciennement Université Charles-de-Gaulle Lille 3) et d’un master 2 de théologie à la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine, j’ai enseigné à l’Université de Lille, ainsi qu’à l’Université de Picardie, à Amiens. Je suis actuellement professeure d’anglais à l’Université de Bourgogne. J’ai enseigné également le cours intitulé « La lecture théologique de la littérature africaine » à la Faculté de Vaux-sur-Seine.
Je suis pasteure, présidente de la CEAF (Communauté des Églises d’Expressions Africaines Francophones) et Référente FPF du Protestantisme dans le Département du Nord. Déléguée par la Fédération Protestante de France, je suis membre du conseil d’administration de la Fondation de l’Armée du Salut.
Auparavant, j’ai été vice-présidente de la FPF sous la présidence du pasteur Claude Baty et une partie du mandat du pasteur François Clavairoly. En tant que représentante de la FPF auprès de la « Churches’ Commission for Migrants in Europe » à Bruxelles, j’ai assuré la présidence de cet organisme pendant huit ans. C’est à ce titre que j’ai collaboré avec la CEC (Conférence des Églises européennes), ainsi qu’avec le Conseil œcuménique des Églises (COE).
J’ai également participé au premier congrès du Forum chrétien mondial à Limuru, au Kenya ; je suis devenue membre de son comité central pour plusieurs années.
2/ Vous présidez une des unions d’Églises les plus dynamiques du protestantisme français aujourd’hui. Quel regard portez-vous sur la CEAF ?
Forte de plus de trente années d’existence, la CEAF a pris pleinement conscience de l’importance de son inscription dans le paysage protestant français. Elle s’est ainsi ouverte à d’autres courants du protestantisme présents au sein de la FPF. La CEAF poursuit son chemin avec le désir constant de comprendre les enjeux sociétaux, afin de pouvoir surmonter les écueils susceptibles de freiner le dynamisme de ses Églises.
3/ S’il vous fallait retenir trois apports principaux des Églises de la CEAF au reste du protestantisme, quels seraient-ils ?
Les Églises protestantes historiques de France sont sans doute les mieux placées pour apprécier les apports des Églises de la CEAF au protestantisme.
Pour ma part, j’estime que la CEAF a contribué par son dynamisme en matière d’évangélisation à l’augmentation du nombre de protestants en France. Deux ou trois megachurchs font partie de notre Union.
J’ajouterais que la CEAF, tout en s’inscrivant dans une réalité déjà existante, met particulièrement l’accent sur certains aspects du protestantisme évangélique, tels que la communion fraternelle vécue au quotidien et l’accompagnement des personnes en difficulté – ce que nous appelons communément la solidarité chrétienne. Les Églises de la CEAF rendent ces dimensions concrètement visibles.
4/ Vous avez pris la parole au récent colloque FPF sur les « Églises mosaïques » (2). Quels enseignements en tirez-vous ?
Effectivement, j’ai pris la parole lors de ce colloque. Comme beaucoup d’autres, j’y ai perçu la difficulté de circonscrire avec précision la réalité que recouvre l’expression « Églises mosaïques ». Ce colloque a toutefois permis d’ouvrir des pistes de réflexion qui méritent d’être approfondies. La notion d’« Églises mosaïques » ne peut pas s’appliquer exclusivement à un groupe déterminé d’Églises. Compte tenu de la composition de la population protestante, « la mosaïque » se retrouve dans toutes nos Églises, indépendamment de leur spiritualité.
Par ailleurs, le désir des organisateurs du colloque d’appréhender, de clarifier et de circonscrire le phénomène de la présence des nouvelles Églises est tout à fait légitime. Cependant, il m’a semblé prématuré de vouloir le faire présentement, tant ce mouvement, encore dynamique et en constante évolution, requiert le recul nécessaire pour être analysé de manière plus objective.
Comme je l’ai entendu de la part de plusieurs intervenants, je pense que nous n’en sommes encore qu’au stade de la description des représentations, au gré de leur dévoilement progressif. Le risque réside dans le caractère éphémère, conjoncturel et parfois tendanciel de certaines de ces représentations, avec le danger d’une caractérisation biaisée qui consisterait à prendre la partie pour le tout, ou l’éphémère pour ce qui relève du permanent.
J’ajouterais également que les dimensions intellectuelle et universitaire du colloque ont été particulièrement mises en avant, et cela au détriment des aspects théologiques et doctrinaux.
(1) Décret du Journal Officiel du 15 mai 2025 portant promotion et nomination dans l’ordre national du Mérite (ref : OR : PRER2504608D)
(2) Colloque « Protestantisme et interculturalité : Eglises-mosaïques entre nation et mondialisation », sous le patronage de la Fédération Protestante de France, les 19 et 20 octobre 2025 à Paris (Palais de la femme).

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