La francophonie est aussi concernée aussi par le #MLKDay ! Sociologue, écrivain, conférencier et pasteur, Jean-Claude Girondin est de ceux qui sensibilisent depuis longtemps les publics francophones à la diversité protestante. Auteur d’une remarquable thèse de doctorat sur les Eglises antillaises en région parisienne, attentif aux enjeux d’un christianisme postcolonial lucide et réconcilié, il a notamment publié, en 2018, « Martin Luther King, le rêve de la communauté bien-aimée » (1).

La « communauté bien-aimée », de quoi s’agit-il ?

Lors de son inauguration en septembre 2021, le pasteur principal de la megachurch MLK, à Créteil, a donné la parole (via vidéo) à Bernice King, fille de Martin Luther King Jr. Femme de conviction, celle-ci a évoqué à plusieurs reprises la Beloved Community, c’est-à-dire la « communauté bien-aimée ». Mais cette notion n’a pas été du tout été définie ensuite. Bien que gratifiée, par ailleurs, d’une scénographie léchée et techniquement impressionnante, l’assistance invitée à Créteil est restée, sur ce plan, sur sa faim. Pourtant, le concept de « communauté bien-aimée » est bien plus qu’un gadget, un slogan ou un produit d’appel. C’est un puissant principe d’action, ancré dans la pensée théologique, sociale et pratique du pasteur africain-américain Martin Luther-King (1929-68), prix Nobel de la paix (1964) et militant des droits civiques.

On doit au sociologue et pasteur Jean-Claude Girondin un remarquable ouvrage, court et incisif, qui permet de mieux introduire le grand public à cette « communauté bien-aimée » si chère à Martin Luther King. En cinq chapitres rondement menés, il explique, avec la précision du sociologue et l’éthique du chrétien, comment s’est forgée cette notion à partir d’une compréhension holistique de l’Evangile, force de réconciliation capable de rassembler dans la justice et le pardon tous les êtres-humains, quel que soit leur statut, leur rôle social, leur couleur de peau, leur origine. L’amour y est principiel. Non pas l’amour hollywoodien des films à l’eau de rose, mais l’amour sacrificiel de Jésus-Christ auquel se réfèrent les chrétiens. Un amour oblatif et communautaire qui fait passer l’autre avant soi, et dépasse les barrières au nom d’une fraternité restaurée. Déjà plusieurs fois recensé (2), salué notamment par le théologien Serge Molla, l’ouvrage de Jean-Claude Girondin mérite d’être relu et redécouvert à l’aune de cette année 2022 marquée, sur la scène culturelle et politique française, par bien des tentations identitaires, dont les outrances électoralistes d’un Eric Zemmour, déjà condamné pour provocation à la discrimination raciale.

Dans ce contexte tendu, il fait bon relire, en ce #MLKDay 2022, le sociologue et pasteur mennonite français Jean-Claude Girondin, spécialiste des enjeux d’interculturalité, de créolisation, et de réconciliation des mémoires blessées. Pédagogue engagé, l’auteur  conclut son ouvrage par plusieurs interpellations, dont ces trois alertes qui résonnent plus que jamais aujourd’hui dans l’actualité française. S’appuyant sur la dimension programmatique de la « communauté bien-aimée » voulue par le pasteur King, il poursuit par ces mots : « Il y aurait de nombreuses pistes à explorer. Nous nous en tiendrons à quelques-unes.

« Chaque Eglise…. un échantillon de cette communauté bien-aimée » ?

  1. « La première, bien-sûr, c’est celle du racisme et de l’exclusion sociale en France. (…). Pour Jean-Marcel-Bouguereau, « l’égalitarisme français est devenu le paravent de nouvelles discriminations ». On ne peut certes comparer la France et les Etats-Unis. Mais les émeutes des banlieues de 2005 ont décillé les bonnes consciences en mettant en évidence le mal-être de certains jeunes Noirs de banlieue. Le message de King gagnerait à être connu dans les banlieues et au-delà.
  2. « Des auteurs évangéliques comme Francis Schaeffer, Richard Mouw et John Stott insistent sur le fait que le racisme ne devrait jamais exister dans une Eglise chrétienne. « En tous lieux les chrétiens auraient dû s’opposer au racisme, souligne F.C. Cette lacune, ce manque d’engagement des chrétiens dans ce domaine a été préjudiciable à l’Eglise et a jeté un discrédit sur l’Evangile ».
  3. « Qu’en est-il de la violence ethnique et sociale dans certaines grandes villes et banlieues de la France hexagonale et aussi en Outre-mer ? La non-violence active, telle qu’incarnée par Martin Luther King, mériterait d’être enseignée dans les cours d’éducation civique » (p.72-73).

Et l’auteur de conclure sur la valeur ajoutée que pourrait apporter le christianisme, face aux blessures et fractures identitaires : « chaque Eglise » devrait être « un échantillon de cette Communauté bien-aimée que Dieu est en train de créer », où « aucun individu n’est invisible à cause de sa position sociale, sa culture d’origine, sa classe sociale, son handicap physique ou encore la couleur de sa peau » (p.74).

 

(1) Jean-Claude Girondin, Martin Luther King : le rêve de la « Communauté bien-aimée », éditions Mennonites, 2018.

(2) Notamment via ce portail Regardsprotestants, « Le rêve d’une communauté bien-aimée », 4 octobre 2018 (via le site de Christ Seul)