Ce lundi 24 mars, s’ouvre à la cour d’assises de la Gironde le procès d’un féminicide particulièrement violent. Quatre ans après les faits, le récit de la mort de Chahinez Daoud est toujours difficile à expliquer tant les violences commises par son ex-mari semblent inimaginables. Le 4 mai 2021, il est 18 heures, lorsque Chahinez Daoud, une mère de famille de 31 ans, s’en va récupérer deux de ses trois enfants à l’école. Sur le pavillon de sa porte, des détonations puis des cris se font entendre. Son ex-mari, Mounir B., vient de lui tirer une balle dans chaque jambe. Blessée, Chahinez s’écroule au sol.
L’histoire aurait pu s’arrêter là tant le mal avait déjà été commis. Mais, Mounir B. va aller jusqu’à commettre le plus impardonnable des crimes. Comme le rapporte BFMTV, il se rend à sa camionnette, s’empare d’un bidon d’essence et le déverse sur le corps de la mère de son enfant, puis sort un briquet. Chahinez Daoud meurt brûlée vive en pleine rue. Environ une demi-heure plus tard, Mounir B. est interpellé par la police. Il encourt aujourd’hui la peine à perpétuité.
Chahinez avait déjà signalé son conjoint comme dangereux
Quatre ans après les faits, la cour d’assises de Gironde va juger les actes d’un homme qui a été plusieurs fois signalé comme dangereux et condamné à sept reprises, notamment en matière de violences conjugales. En effet, en 2020, Mounir B. a été condamné pour des faits de violences sur une première conjointe et à l’encontre de Chahinez Daoud. Il ne fera que dix-huit mois de prison, dont neuf avec sursis probatoire. Durant cette période, il avait interdiction d’entrer en contact avec son ex-femme, pourtant il a réussi à la contacter plus d’une trentaine de fois, en la menaçant de revenir à son domicile, souligne BFMTV.
En décembre 2020, Mounir B. sort de prison sans bracelet anti-rapprochement. Quelques mois plus tard, le 15 mars 2021, il retrouve Chahinez et l’agresse devant un supermarché. Il la force à monter dans son véhicule, la frappe et tente de l’étrangler. La victime porte plainte, mais Mounir B. ne sera jamais interpellé. Selon Ouest-France, le policier qui avait enregistré la plainte était lui-même condamné pour violences conjugales. Deux mois plus tard, Chahinez est assassinée devant son domicile.
Vers un procès historique ?
Selon ses explications, Mounir B. en est venu jusqu’au crime parce qu’il était convaincu que son ex-femme avait un amant et le manipulait. Il disait également lui être redevable de l’avoir fait venir en France. Lors de sa garde à vue, il a contesté la préméditation de son geste. C’est désormais à la cour d’assises de tenter d’élucider les raisons qui ont poussé Mounir B. à violenter Chahinez Daoud durant plusieurs années, à la harceler lorsqu’il était en prison, et enfin, à lui tirer dessus et la brûler vive.
Pour les avocates de l’accusé, « on va juger quelqu’un que les experts considèrent comme une personne altérée, qui a un discernement altéré » puisque « les experts se sont prononcés et ils ont considéré qu’il n’était pas dans un état normal », expliquent-elles à BFMTV. Du côté de la défense de la victime, il y avait non seulement l’intention de tuer, mais cette intention de tuer « préexistait à cette rencontre du 4 mai ». À l’issue du procès à venir, l’avocat des parents de Chahinez Daoud espère mettre en lumière l’aveuglement qui permet l’escalade de la violence, parfois jusqu’au féminicide, comme le souligne France Info. Pour l’avocat, « ce qui est arrivé à Chahinez, ce n’est pas un simple fait divers, c’est un fait de société. »