En ce frais matin de novembre 2025, les pelleteuses s’activent de bonne heure à Sainte-Catherine. Après quatre ans de travaux, elles sont en train d’achever le « Great Transfiguration Project », un mégaprojet touristique commandé par le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. Il s’agit de transformer ce petit village bédouin, historiquement fréquenté par les pèlerins et les backpackers, en un hub touristique et culturel : aéroport, hôtel cinq étoiles et téléphérique vers le sommet du mont Sinaï, où, selon le récit biblique, Moïse a reçu les Tables de la Loi. Pour le gouvernement égyptien, l’objectif est de créer un troisième pôle touristique après la vallée du Nil et la mer Rouge. 

A un kilomètre du chantier, niché dans la vallée menant au mont Sinaï, le monastère grec de Sainte-Catherine apparaît. Construit par l’empereur Justinien au XIe siècle, c’est le plus ancien monastère habité en continu. C’est là qu’a été retrouvé le Codex Sinaiticus, le plus ancien manuscrit de la Bible, dont la majeure partie est désormais au British Museum de Londres. Et c’est là que se trouve encore la plus ancienne représentation du Christ pantocrator parvenue jusqu’à nos jours, une icône de bois qui a survécu aux vagues d’iconoclasme successives. Enfin, le monastère abrite également un arbuste considéré par la tradition orthodoxe comme le Buisson ardent, par lequel Dieu se serait adressé à […]