La Cour suprême américaine a affirmé, mardi 31 mars, qu’une loi de l’État du Colorado qui interdisait les « thérapies de conversion » pour les mineurs LGBT+ portait atteinte à la liberté d’expression. La constitutionnalité de cette loi, adoptée par le Colorado en 2019, était contestée par une conseillère psychologique, Kayle Chiles, qui a invoqué sa foi chrétienne pour dire que cette loi violait le Premier amendement de la Constitution américaine qui garantit la liberté d’expression. Par un arrêt rendu à huit voix contre une, la Cour suprême a suivi cette thérapeute évangélique. Aux États-Unis, une vingtaine d’autres États interdisent aux praticiens habilités de pratiquer sur les mineurs ces « thérapies » qui prétendent modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des personnes LGBT+ pour les rendre hétérosexuelles et cisgenres, rappelle franceinfo.
Le Colorado avait souligné que ces « thérapies de conversion » étaient inefficaces et nocives et qu’elles provoquaient des risques accrus de « dépression, d’anxiété, de pensées suicidaires voire de tentatives de suicide ». Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, les droits des personnes transgenres sont menacés aux États-Unis. En janvier 2025, le président républicain avait annoncé que les autorités ne reconnaîtraient plus que « deux sexes » définis à la naissance, masculin et féminin. Il a également signé un décret pour mettre fin aux aides publiques pour les traitements de transition des mineurs. Au mois de juin déjà, la Cour avait permis à l’État du Tennessee d’interdire aux mineurs transgenres l’accès à ces traitements.
Les « thérapies de conversion » assimilables à des actes de torture selon l’ONU
Les « thérapies de conversion » sont interdites dans plusieurs pays, dont la France depuis janvier 2022. L’ONU a demandé leur interdiction mondiale, les qualifiant de discriminatoires, d’humiliantes et de violation de l’intégrité corporelle des personnes. Dans un avis rendu en juillet 2020, l’ONU condamnait les violences physiques, psychologiques et sexuelles, la méditation forcée, l’isolement, l’internement, l’électrocution, les violences verbales et l’humiliation rapportés par plusieurs victimes. L’ONU avait estimé que « les ‘thérapies de conversion’ peuvent être assimilées à des actes de torture et devraient être interdites », rapporte L’Humanité.
« La décision de la Cour suprême constitue un recul tragique pour notre pays et mettra en danger la vie de jeunes gens », a déploré Jaymes Black, président de l’organisme à but non lucratif Trevor Project, spécialisé dans la prévention du suicide aux jeunes LGBTQIA+. Selon une étude publiée en 2019 par l’Institut Williams, 698 000 personnes LGBTQIA+ ont subi une « thérapie de conversion » aux États-Unis, dont 350 000 dès l’adolescence. « Auparavant, les professionnels de santé agréés devaient respecter des normes dans le traitement des patients : ils ne pouvaient ni faire ni dire tout ce qui leur plaisait. Aujourd’hui, la Cour tourne le dos à cette tradition », a alerté la juge Ketanji Brown Jackson, seule dissidente, qui a tenté de défendre la loi du Colorado.
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