Dans un communiqué publié mardi 24 mars, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU a indiqué qu’en Haïti, les gangs avaient continué d’étendre leur emprise, notamment en contrôlant les routes et les voies maritimes. Ainsi, en un an, la violence des gangs s’est étendue à la périphérie de la capitale, Port-au-Prince, en se déplaçant vers le nord du pays. « Dans cette politique d’expansion, ces gangs ont terrorisé la population en commettant des meurtres et des enlèvements », a souligné l’ONU. Ils se sont également livrés à la traite d’enfants, ont commis des vols, ont extorqué de l’argent aux entreprises et ont détruit et saccagé des biens. Le rapport ajoute que « les gangs ont contribué à recourir à la violence sexuelle pour semer la peur parmi la population, la soumettre et la punir ».

Selon les données du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, au moins 5 519 personnes ont été tuées en Haïti entre le 1er mars 2025 et le 15 janvier 2026, dont au moins 1 424 morts par les violences perpétrées par les gangs. Dans le détail, les opérations menées contre les gangs par les forces de sécurité ont fait au moins 3 497 morts et 1 742 blessés. Les attaques menées contre les gangs par des groupes d’autodéfense ont fait au moins 598 morts et 76 blessés. Le rapport ajoute qu’au moins 1571 femmes ont été victimes de violences sexuelles, principalement de viols collectifs, entre le 1er mars et le 31 décembre 2025. Des femmes et des filles ont aussi été « contraintes d’entretenir des ‘relations sentimentales’ avec des membres de gangs et ont été soumises à une exploitation et à des abus sexuels prolongés », note l’ONU.

Des membres présumés de gangs victimes de justice expéditive

Le rapport documente des cas d’usage inutile ou disproportionné de la force par la police. Il a recensé 247 exécutions sommaires ou tentatives d’exécutions sommaires de membres présumés de gangs ou de personnes soupçonnées de soutenir des gangs, qui ont fait 196 morts et 51 blessés. De plus, les groupes d’autodéfense ont pratiqué une forme de « justice populaire » et ont lynché des personnes soupçonnées d’appartenir à des gangs ainsi que d’autres jugées coupables d’avoir commis des crimes. Pour faire face à ce climat de violence généralisée, les autorités ont renforcé leur dispositif sécuritaire et se sont appuyées sur de nouveaux moyens d’intervention.

Ainsi, la société militaire privée étrangère « Vectus Global » aurait été engagée par le gouvernement haïtien. Elle participe à des opérations de sécurité en recourant à des frappes de drones et à des tirs d’hélicoptères. « Certaines, voire la plupart, de ces frappes de drones et opérations d’hélicoptères pourraient être qualifiées d’assassinats ciblés », dénonce le rapport qui rappelle que « les États sont responsables des actes commis par les sociétés militaires et de sécurité privée auxquelles ils font appel pour exercer des fonctions de sécurité en leur nom ». Enfin, le Conseil de sécurité de l’ONU souhaite créer une nouvelle Force de répression des gangs. Celle-ci ne saurait être efficace « que si des efforts plus soutenus sont également déployés pour identifier, arrêter, enquêter et poursuivre, conformément aux normes internationales, ceux qui financent, organisent et soutiennent les activités des gangs », a assuré Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.