Rue Maccarani, un groupe serré attend derrière la grille du centre Pierre et Hélène Gagnier. Beaucoup de femmes, jeunes ou plus âgées, des enfants. Tout est calme sous l’ombre providentielle d’un petit arbre, en ces temps de canicule. À 14 h exactement, les bénévoles invitent les personnes à entrer. Un rythme s’enclenche. Il faut repérer ceux qui sont déjà inscrits, remplir des fiches pour les nouveaux et leur donner des documents sur les aides existant à Nice.

Ensuite, c’est l’entrée, un par un, dans l’escalier qui mène au sous-sol, vers la distribution alimentaire. Parfois quelques mots en français ou en anglais, un « merci ». Jean-Pierre accueille, oriente, distribue les informations en français et en ukrainien, avec l’aide d’Olena, qui assure la traduction.

Bonnes volontés

Entre deux conversations, le bénévole confie : « J’ai été très ému de voir la mobilisation des gens. Je suis protestant, d’origine juive. Je pense que certains, parmi les plus âgés, ont eu le sentiment de revivre quelque chose qu’ils avaient connu. On ne pouvait pas ne pas réagir… »

Parmi les bonnes volontés actives, on trouve l’organisateur des concerts spirituels du temple ou encore un jeune demandeur d’asile, qui a traversé la Libye et a subi l’esclavage, et sa femme… Deux réfugiées russes aident aussi régulièrement.

Après la pièce consacrée au vestiaire, on arrive au jardin ombragé qui entoure le temple. Là, on peut s’asseoir, boire, échanger, jouer. C’est là que Christine Jacob, responsable de l’Entraide, Paolo Morlacchetti, l’un des deux pasteurs de l’Église protestante unie de Nice, et Julien Destefanis, président du conseil, se proposent d’évoquer la mise en place de cette action de solidarité.

Un hébergement prolongé

L’Entraide a reçu jusqu’à 164 familles par semaine. La plupart de ces personnes sont arrivées par charters. Une fois à Nice, elles ont été enregistrées par la Préfecture. Paolo explique : « L’hébergement chez l’habitant devait durer un mois ; finalement, il a été prolongé jusqu’au 30 juin. La préfecture prévoit une indemnisation pour les hébergeurs. Mais héberger des familles, c’est surtout très fatigant ! » Le pasteur poursuit : « C’est ici qu’il y a le plus de réfugiés, Nice est une porte d’entrée en France. Nous avons été les seuls à proposer à la fois des cours, un vestiaire, de l’aide alimentaire, de la détente. C’est un soutien vraiment pensé pour eux. »

Parmi ces réfugiés, on compte surtout des orthodoxes, mais aussi quelques protestants. Plusieurs personnes se sont adressées à Église pour des prières.

Solidarité

« Église, entraide : ça a été un mouvement spontané, affirme Christine. On a 20-25 bénévoles et plein de donateurs ! La solidarité de la communauté a permis une réactivité immédiate. »

« Il y a une articulation forte entre la communauté et l’action de l’Entraide, confirme Julien. L’engagement social est dans l’ADN de cette communauté. Nous avons organisé le projet, il a fallu canaliser, rationaliser. J’en ai parlé au maire avec Christine, pour qu’on s’accorde, qu’on soit complémentaires. »

Le Covid, reconnaissent les responsables, avait mis en veilleuse ou stoppé beaucoup d’activités, dont toutes n’ont pas repris. « Mais on a arrêté d’être frileux ! » se réjouit le président de l’Église de Nice.

Les dons ont afflué

Concrètement, le centre a ouvert ses portes aux réfugiés ukrainiens deux demi-journées par semaine. Les dons sont venus de tout le consistoire – l’Entraide de Grasse-Vence, Antibes – et au-delà, La Ciotat… L’Entraide a aussi bénéficié, par l’Europe, de sept produits de première nécessité, qu’il fallait aller chercher. Mais elle a eu besoin de fruits, de produits frais, achetés avec ces dons.

Paolo rapporte que les denrées alimentaires, les capsules de café… sont allées aux hébergeurs via les personnes accueillies, car il était important pour elles de contribuer à leur entretien quotidien.

Vers le long terme

Il précise aussi pourquoi le jardin paroissial est « réservé » aux réfugiés d’Ukraine pendant les temps d’accueil : « Cet espace de convivialité est indispensable pour les personnes dispersées dans les familles : elles se retrouvent entre elles et peuvent échanger des nouvelles. »

« Moi je suis frappée par les enfants, reprend Christine. Ils arrivent un peu hébétés, perdus… Mais les enfants des familles aidées par l’entraide “ordinaire” et les petits Ukrainiens ont très bien joué ensemble, aux quilles par exemple, en s’expliquant les règles du jeu sans parler la langue de l’autre ! »

 Concernant les enfants, justement, se fait jour un problème de places en crèche ou à l’école : « Maintenant, on n’accueille plus à Nice, regrette Christine. Les réfugiés ukrainiens sont enregistrés, mais le département les oriente vers Clermont-Ferrand, Lourdes… Ils reçoivent l’allocation de demandeurs d’asile ; à la rentrée, ils auront les cartes en main pour avancer. Notre aide se poursuivra, mais pour eux comme pour les autres personnes, sans distinction. » Une entrée dans le long terme, comme le dit Paolo.