C’est aussi dans la guerre que se déchaîne la violence patriarcale des hommes sur les femmes. Les contextes de conflits militaires laissent en effet souvent libre champ aux hommes, travaillés par la guerre, d’assouvir leurs désirs sur les corps, en même temps que d’inscrire dans la durée la terreur et la violence au sein d’une population. Au Soudan, comme dans d’autres pays en situation de conflit guerrier, le viol est utilisé comme un instrument de guerre à part entière, rapporte Public Sénat. Au Sénat, chercheurs, journalistes et humanitaires se sont réunis pour mettre en lumière ce phénomène mardi 6 janvier dernier. « Il y a les kalachnikovs, les drones, les mortiers… et il y a le viol », résume Céline Bardet, fondatrice de l’ONG We Are Not Weapons of War.

La guerre débute en avril 2023 au Soudan. Le conflit a plongé le pays dans la pire crise humanitaire actuelle selon plusieurs organisations internationales. Les violences sexuelles, perpétrées par les Forces de soutien rapide (FSR), y sont omniprésentes. « Ces violences ne sont ni isolées ni accidentelles. Elles s’inscrivent dans une stratégie délibérée visant à terroriser la population et à provoquer des déplacements massifs », rapporte Colombe Brossel, organisatrice du colloque au Sénat. « L’objectif est d’humilier ces femmes et d’exercer un pouvoir total sur elles, souvent devant leurs proches », abonde Abdullahi Hassan, chercheur pour Amnesty International.

La responsabilité écrasante des FSR dans les cas de viols au Soudan

Dans un rapport publié par Amnesty, de nombreux témoignages sont recensés. Intitulé « They raped all of us » : Sexual violence against women and girls in Sudan, le rapport dénonce notamment un viol en réunion de 36 femmes et filles, dont certaines n’avaient que 15 ans. « Les attaques des Forces d’appui rapide contre des femmes et des filles sont répugnantes, honteuses et destinées à infliger une humiliation maximale. Les Forces d’appui rapide ont pris pour cible les civil·e·s », témoigne Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International. Des actes considérés comme des crimes de guerre selon l’organisation.

Si l’on prend des chiffres qui comptabilisent également en dehors du Soudan, on compte plus de 4 500 cas de violences sexuelles signalés en 2024 selon un rapport de Pramila Pratten à l’ONU et cité dans TV5 Monde. Des signalements en hausse de 25% par rapport à l’année précédente. Pour Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes au Sénat, ces violences cherchent à « détruire les communautés elles-mêmes, par la honte, l’humiliation et la rupture du lien social ». En plus des cas documentés au Soudan, le rapport cite également l’Ukraine, malgré une mécanique différente.