Par Najla Kassab, pasteure libanaise et ex-présidente de la CMER
« Qu’avez-vous fait pour nous ? » C’est la question qui m’est posée lorsque je visite des Églises de la CMER (1) qui vivent dans des contextes difficiles : chaque jour elle ne cesse de m’interpeller. En tant que communion d’Églises promouvant la justice, nous sommes mis au défi par les guerres qui se multiplient dans le monde, comme celle qui frappe l’Ukraine. Nous n’avons peut-être pas le pouvoir d’arrêter les conflits mais nous pouvons être solidaires de ceux qui souffrent en concevant de nouvelles formes d’entraide. Nous pensons à des actions concrètes qui s’enracinent dans le terrain local des Églises. Il s’agit d’aider les personnes à cheminer ensemble et de réaliser combien leur témoignage et leur persévérance au cœur de la guerre sont porteurs d’espérance.
L’idée d’une conférence est née de cet esprit, car si nous ne pouvons changer le monde, nous pouvons cependant allumer une bougie au cœur de la nuit… Nous croyons que lorsque les gens se réunissent, ils peuvent faire la différence, les femmes en particulier dont les voix sont si souvent ignorées.
C’est ainsi qu’est né un projet porté par plusieurs responsables d’Églises (2) , celui d’inviter des femmes issues d’Eglises protestantes de Syrie, du Liban, d’Ukraine et d’Irlande du Nord à participer à une conférence intitulée « Une voix non considérée : la persévérance des femmes dans la guerre » (3) . La rencontre s’est tenue au Liban du 2 au 6 avril 2025.
Un espace de partage
La conférence s’est concentrée sur la création d’un espace propice au partage d’expériences liées à la guerre, avec des discussions sur les moyens de se remettre des épreuves et le discernement d’actions concrètes que les femmes peuvent mener pour contribuer aux efforts œcuméniques internationaux en faveur de la paix. La voix des femmes chrétiennes vivant dans des régions déchirées par la guerre doit être entendue. Leur témoignage doit être largement diffusé, tant dans leurs communautés d’origine qu’à l’échelle mondiale (4).
Bien que les femmes soient souvent considérées comme le pilier de la famille, de la vie communautaire et de l’Église, leurs voix et leurs expériences sont trop souvent oubliées. Pourtant leur rôle est encore plus important en temps de guerre : ce sont elles qui restent dans leur communauté d’origine lorsque les hommes doivent partir. Ce sont elles qui maintiennent leur communauté en vie et qui gardent l’espoir en l’avenir. Mais elles doivent souvent lutter seules, et leurs points de vue ne sont pas toujours respectés dans les processus décisionnels et les efforts de rétablissement de la paix. Malgré diverses initiatives internationales, les femmes continuent de payer le prix de la guerre…
Un nouveau chemin
Notre conférence a encouragé les participantes à partager ce que signifie pour elles persévérer dans leur témoignage. Leurs réflexions ont souligné que, malgré le caractère profondément personnel de leur vécu, elles sont unies dans ce cheminement par leur foi, par l’engagement les unes envers les autres et en tant que témoins de l’œuvre de réconciliation de Dieu dans le monde. Les femmes de chaque région ont partagé leurs idées lors de temps de prière, de tables rondes, de discussions sur divers sujets tels que la réconciliation avec soi-même, avec Dieu et avec les autres, le pardon et l’espérance, les luttes et possibilités d’aller de l’avant.
La conférence a été un espace de partage et de solidarité, offrant un témoignage puissant de courage et d’espérance face à l’adversité. Bien que chaque femme vienne d’un contexte différent, leurs voix ont fait écho à une résilience commune fondée sur leur foi et leur propre communauté. Ce fut l’occasion de partager des ressources, des rêves et un engagement pour poursuivre le cheminement. Les 27 participantes forment maintenant un réseau: elles continuent de se réunir par visioconférence pour étudier la Bible, partager et prier ensemble, et espèrent se rencontrer à nouveau l’année prochaine. La conférence est le début d’un parcours où se révèlent un courage inébranlable et une foi affirmée au milieu de la vulnérabilité et de la souffrance. Se réunir confirme l’engagement que personne ne luttera seule, mais qu’à travers notre partage, nous imaginons des possibilités d’espoir et de réconciliation : nous construisons une communion plus forte en vue d’un avenir meilleur.
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1 La CMER réunit 230 Églises actives dans 105 pays et représente plus de 100 millions de fidèles.
2 Le projet est né au sein du «Département des femmes » du Synode Arabe (National Evangelical Synod of Syria and Lebanon), dirigé par la pasteure libanaise Najla Kassab, en collaboration avec le Conseil européen de la CMER représentée par sa présidente Martina Wasserloos, et l’Église Réformée de Hongrie, représentée par Julia Berecz, responsable des relations œcuméniques.
3 Le titre exact de la conférence était le suivant: The Unheard Voice : Women’s Persevering Witness in War.
4 Comme lors de l’Assemblée Générale 2025 de la CMER dont le thème était Persévérez dans votre témoignage.
