En France, chaque année, 1,7 million d’animaux sont abattus dans le cadre de la politique publique de régulation des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD). Une étude portée par un chercheur du Muséum national d’histoire naturelle et publiée lundi 9 mars montre que ces actions ne permettent ni de réduire les dommages économiques causés par ces espèces, ni de réguler les populations en question. Selon cette étude, cette politique contre les « nuisibles » coûte huit fois plus que les dégâts déclarés. Dans le détail, plus d’un million de renards, fouines, martres, pies, corbeaux et corneilles sont tués chaque année dans le cadre de la régulation des espèces considérées comme nuisibles. Cette politique permettrait de réduire les pertes agricoles, de protéger les biens et de limiter les risques sanitaires.

Pourtant, « l’efficacité de cette politique publique n’avait jamais été évaluée », relate le Muséum. Entre 2015 et 2022, des données officielles ont été compilées concernant le nombre d’animaux détruits et le montant des dégâts déclarés par les agriculteurs et les particuliers. Une étude publiée dans Biological Conservation a analysé ces données et a conclu que la politique de régulation des « nuisibles » coûtait 64 euros par animal tué, ce qui « semble bien plus coûteux que les dégâts déclarés », relève le Muséum. En effet, selon ces analyses, la destruction des animaux « nuisibles » ne réduit pas les dégâts, tandis que le fait de ne pas les abattre n’augmente pas les dégâts déclarés dans le territoire.

« Aucune preuve tangible de bénéfices à détruire » des nuisibles

Selon l’étude, le coût des abattages par an est estimé entre 103 et 123 millions d’euros, alors que le coût des dégâts est évalué entre 8 et 23 millions d’euros. De plus, le fait de tuer davantage d’animaux ne réduit pas les dégâts l’année suivante. « Il n’y a aucune preuve tangible de bénéfices à détruire massivement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts », défend le Muséum national d’histoire naturelle. Par ailleurs, il relève que plusieurs espèces considérées comme « nuisibles » peuvent jouer un rôle positif dans l’agriculture en contribuant à la dispersion de graines et de fruits ou en protégeant les cultures des rongeurs. Les auteurs de l’étude recommandent de « réorienter les efforts vers des stratégies non létales (protection des semences, dispositifs dissuasifs, aménagements agricoles), susceptibles de réduire les pertes pour les particuliers et professionnels sans perturber les équilibres écologiques ».

La liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD) sur les terres agricoles ou dans les élevages est actualisée tous les trois ans par le gouvernement, explique La Croix. Les animaux présents sur cette liste peuvent être piégés et tués toute l’année, y compris hors période de chasse. La corneille noire, le corbeau freux et le renard roux, qui figurent sur cette liste, sont les trois espèces les plus tuées. Une nouvelle liste d’espèces de « nuisibles » est attendue avant l’été.