Par Anne Vaubaillon, chargée de communication à la FEP

« Donner, c’est donner, reprendre, c’est voler », cette phrase ponctuait nos jeux et relations lorsque j’étais enfant. À l’époque, dans nos esprits, le don ne se contestait pas et s’exerçait à sens unique : du donneur au receveur. Voilà à quoi je pense quand on annonce à l’équipe communication le thème des Assises des entraides : œil pour œil, don pour don, de la charité à la dignité.

L’œil, ou changer de regard sur le don

C’est presque un autre monde qui nous est présenté aux Assises des entraides, à Angers. D’offrande unilatérale, le don devient réciproque. De nombreuses initiatives audacieuses sont relatées : un restaurant où chacun cuisine et donne ce qu’il veut pour son repas, une sécurité sociale de l’alimentation pour améliorer l’accès du plus grand nombre à une nourriture de qualité, une carte de paiement pour dématérialiser les dons aux sans-abri, un théâtre forum pour rejouer des situations vécues, verbaliser le ras-le-bol des bénévoles, la complexité à travailler ensemble et la difficulté pour les personnes accueillies d’exprimer leurs besoins.

Tous ces projets innovants sont fondés, testés et fonctionnent d’ores et déjà à petite ou grande échelle.

Des couleurs et des formes qui ne s’ajustent pas parfaitement

Aux Assises, nous sommes bénévoles, salariés, pasteurs, personnes accompagnées, comédiens, sociologues, théologiens, porteurs de projets… tous différents mais tous partie prenante d’un ensemble cohérent, sans toutefois nous (con)fondre totalement, à l’image des couleurs et des formes de l’affiche des Assises. Un ensemble qui bouge, se réinvente, s’adapte : notre manière de faire change selon ce que l’autre dit ou demande.

La rencontre a été longuement préparée. Comme l’explique Cécile de Clermont, déléguée générale adjointe de la FEP : « L’équipe de la coordination des Entraides, la FEP et l’Entraide d’Angers ont travaillé durant un an et demi à l’organisation de ces Assises ; nous avons eu véritablement le temps de nous saisir de ce sujet du don, d’y réfléchir, de nous questionner. Notre projet initial a beaucoup évolué au cours de la préparation de cet événement. »

Un lien qui vit

L’œil, le trait et la plante de l’affiche (et de la couverture de ce numéro), c’est le lien fédératif qui nous relie, se vit et crée des partenariats entre associations. La carte de France interactive des entraides les met toutes en relation. Ce lien, symbolisé à Angers par des fils de laine entrecroisés, les unit au détour d’actions communes. L’objectif était de « permettre des échanges, des rencontres, des liens entre des personnes », indique Philippe Verseils, référent de la coordination des entraides, à l’issue de la manifestation.

Comme l’explique Cécile de Clermont, nous ne pouvons pas forcément reproduire dans nos associations tout ce qui nous a été proposé pendant ces deux jours, mais nous pouvons nous en inspirer, avec l’envie d’avancer, même si notre projet n’est pas parfait. Et pourquoi ne pas organiser un repas partagé avec participation libre au cœur de nos entraides, à l’image de ceux proposés par Les Petites Cantines ? « Ce projet n’est ni utopique, ni fou, ni candide. Il s’appuie sur le bon sens et la raison. Peu importe qu’il soit imparfait, il a le mérite d’exister », a affirmé Diane Dupré la Tour, cofondatrice de ces cantines de quartier.