Le 12 décembre 1999, l’Erika, pétrolier affrété par Total, avait sombré en libérant environ 20 000 tonnes de fioul lourd au large de la Bretagne. Environ 400 km de côtes françaises avaient été souillées par ce naufrage et 150 000 à 300 000 oiseaux étaient morts, piégés par le mazout. Plus de 25 ans plus tard, une quinzaine d’oiseaux mazoutés ont été retrouvés sur les plages du sud-Finistère, probablement victimes de ce même pétrole qui a refait surface. « On a reçu à notre centre de l’île Grande, dans les Côtes-d’Armor, plusieurs oiseaux, 16 au total en quelques heures. Des petits pingouins et des guillemots qui étaient mazoutés », indique Alain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), cité par franceinfo.

À l’époque, ces mêmes variétés d’oiseaux avaient été les principales victimes de l’Erika. Le fioul retrouvé ces derniers jours va être analysé pour comprendre l’origine de cette mortalité. « Pour déterminer l’identité d’un fioul, il y a une sorte d’ADN. Lorsqu’on fait matcher cet ADN avec les plumes des oiseaux couverts d’un peu de pétrole, il y a eu de très grandes similitudes avec le fioul de l’Erika », affirme Nicolas Tamic, directeur adjoint du Cedre, le Centre de documentation, de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux, situé à Brest. L’Erika repose toujours à 120 mètres de fond et est presque vidée de son pétrole. Cependant, des poches de fuel, appelées « impompables », peuvent s’échapper pour de multiples raisons.

Du mazout est encore présent dans les cales de l’Erika

Sur les 30 000 tonnes de mazout de l’Erika, 5 000 n’ont pas pu être pompées, indique Alain Malardé, capitaine de la marine marchande dans le Morbihan, président de la Confédération maritime. Ce fioul, qui a la consistance d’une pâte à tartiner, doit « être réchauffé pour être pompé », ce qui est « quasiment infaisable », détaille-t-il. Les fortes tempêtes qui ont frappé la Bretagne récemment ont pu créer des mouvements qui ont favorisé cette prolifération. Enfin, Alain Malardé estime que l’usure de la coque a permis au fioul de s’échapper de l’épave. Un « dispositif de surveillance et d’intervention » autour de l’épave « est étudié », a indiqué le capitaine de frégate Guillaume Le Rasle, porte-parole de la préfecture maritime de l’Atlantique.

Pour Corinne Lepage, ancienne ministre et avocate historique des parties civiles dans le procès « Erika », la découverte de ces oiseaux « prouve que les marées noires durent beaucoup plus longtemps que ce qu’on croit ». « Cela prouve que tout le préjudice n’a pas été réparé, il y a encore des poches qui tuent des oiseaux », ajoute-t-elle dans des propos repris par franceinfo. « On est dans le délai de trente ans, donc je pense que c’est possible de demander encore réparation », affirme Corinne Lepage. Elle demande l’ouverture d’une enquête approfondie pour trouver l’origine de cette pollution et « connaître la durée que peut avoir une pollution de ce genre ». Le 25 septembre 2012, après des années de procédure, Total avait été condamné à payer une amende pénale de 375 000 euros et 200 millions d’euros de réparations civiles.