« La perte de la biodiversité est l’une des menaces les plus graves pour les entreprises ». Dans un rapport signé par 80 scientifiques issus de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), il est urgent d’agir. Selon les experts du « Giec de la biodiversité », les acteurs économiques, dont une grande partie de la richesse est issue de la nature, doivent se responsabiliser. Ils listent plus de 100 actions à mettre en place pour impliquer les entreprises dans la protection de l’environnement dont la finance dépend. Publié lundi 9 février, l’étude est consacrée à « l’impact et à la dépendance des entreprises vis-à-vis de la biodiversité et des contributions aux populations », rapporte France Inter.

Pendant trois ans, les chercheurs ont listé les services rendus par la nature dans le développement de la croissance. Bois, pêche, biomasse, pétrole, les richesses de la biodiversité sont incommensurables. De plus, c’est cette dernière qui protège, par exemple grâce aux zones humides, les entreprises du risque climatique. Inondations et incendies ne sont en effet pas bons pour l’économie. Mandatés par les Nations Unies, le Giec de la biodiversité rappelle que les activités des entreprises « ont un impact » sur l’environnement, mais que peu d’entre elles « supportent [le] coût financier de leurs impacts négatifs », de même que « beaucoup ne parviennent pas à tirer profit de leurs impacts positifs ».

« Ce qui protège la nature n’est souvent pas récompensé »

Dans la lignée des différents rapports du Giec, les chercheurs de l’IPBES soulignent que la bifurcation de l’économie mondiale est désormais un impératif, au risque d’aller vers l’extinction. « Dans les conditions économiques actuelles, ce qui créé de la valeur et qui est rentable pour une entreprise entraîne souvent la perte de la nature, tandis que ce qui protège la nature n’est souvent pas récompensé », abonde Clément Feger, maître de conférences à AgroParisTech et l’un des auteurs du rapport. L’une des conclusions du rapport plaide en faveur d’un verdissement de la finance en passant notamment par des prêts préférentiels liés aux efforts des entreprises en direction de la biodiversité.

Une proposition qui fera certainement l’objet de vives critiques du côté des partisans de la notion d’« extractivisme ». Comme le rapporte Le Monde, des chercheurs engagés comme la sociologue argentine Maristella Svampa et le biologiste uruguayen Eduardo Gudynas, ont montré depuis la fin des années 2000, la violence économique sur le vivant et sur les peuples d’Amérique du Sud. Pionnier de l’écologie politique, le philosophe André Gorz écrivait dans le mensuel Le Sauvage en 1974 à ce sujet. « Il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? », demande l’auteur. « Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? », rapporte Le Monde Diplomatique.