Après une étude réalisée auprès de plus de 1 000 livreurs à Paris et à Bordeaux, Médecins du Monde alerte, mardi 31 mars, sur l’état de santé et les conditions de travail des livreurs de plateformes, qui se déplacent majoritairement à vélo. L’étude alerte sur la « situation médico-sociale alarmante », mais aussi sur la « mise en précarité administrative et socio-économique des livreurs et au dévoiement du statut d’auto-entrepreneur ». Selon les chiffres de cette étude, près de la moitié des livreurs estime que leur état de santé global s’est dégradé depuis le début de leur activité. Dans le détail, 45% de ceux qui ont répondu à l’enquête se disent en situation de détresse psychologique (caractérisée par des troubles anxio-dépressifs modérés à sévères).
De plus, l’étude Santé-course souligne « une prévalence très élevée des troubles musculo-squelettiques, génito-urinaires et psychosomatiques ». Ainsi, 36% des livreurs sont sujets à des douleurs intenses et régulières au bas du dos, 32% rapportent des troubles urinaires récurrents et 85% ressentent une fatigue chronique. Dans le même temps, les livreurs ont un recours aux soins limité puisque 32% d’entre eux n’ont aucune couverture santé. Avec un rythme moyen de 63 heures de travail par semaine et un revenu moyen inférieur à 6 euros bruts par heure, le manque de temps et de revenus sont d’autres facteurs qui expliquent le faible recours aux soins.
Un degré élevé de subordination des livreurs envers les plateformes
Sur les plus de 1 000 personnes interrogées, 98,8% sont des hommes et 81,4% ont moins de 35 ans. Ils sont 98,7% à être nés à l’étranger et 64,4% sont sans titre de séjour. Au cours de l’année écoulée, 42,5% des livreurs disent avoir connu une journée sans repas. Dans sa conclusion, l’étude souligne que « ce secteur d’activité repose sur une main-d’œuvre économiquement dépendante des plateformes numériques de travail ». Elle ajoute que « les résultats suggèrent un degré élevé de subordination des livreurs envers les plateformes, associé à un contrôle algorithmique perçu comme important, ce qui contraste avec leur statut juridique de travailleurs indépendants ». Cette étude souhaite montrer les difficultés des livreurs de plateformes et veut alerter sur leurs conditions de travail et sur l’impact que cela a sur leur santé mentale et physique.
« Ces résultats montrent l’urgence de prendre des décisions politiques alors qu’il n’y a toujours aucun cadre légal concernant les plateformes numériques », demande Médecins du Monde. L’ONG ainsi que la Maison des Livreurs de Bordeaux et la Maison des Coursiers de Paris requièrent des mesures de la part des pouvoirs publics pour lutter contre les effets de l’ubérisation sur les conditions de travail et la santé des livreurs. Les associations notent que la directive européenne relative à l’amélioration des conditions de travail dans le cadre du travail via une plateforme doit être transposée en droit français d’ici au mois de décembre 2026. « Une transposition ambitieuse est nécessaire afin d’améliorer les conditions de travail des livreurs, ainsi que leur accès aux droits et aux soins de santé », conclut Médecins du Monde.

