« Les développeurs, nouvelle élite de la nation? », titrait en 2020 le quotidien d’information économique Les Echos. Publié durant la crise sanitaire, l’article revenait sur le statut privilégié des codeurs et codeuses sur le marché de l’emploi. Cinq ans plus tard, l’enthousiasme est retombé. Pas pour les personnes expérimentées, mais clairement pour les débutants : The Death of Junior Jobs ? AI Is Eating the Bottom of the Career Ladder (La fin des emplois de débutants ? L’IA ronge le bas de l’échelle professionnelle) interrogeait en octobre dernier le responsable stratégique d’une agence web sur le site spécialisé medium.com.

L’IA n’est pas le premier bouleversement

De fait, si les métiers de l’informatique semblent aujourd’hui avoir pris le contrôle de nos sociétés, leur histoire est exemplaire en ce qu’elle est ponctuée par des changements rapides de statut. Ainsi, jusqu’à la fin des années 1940, les calculateurs et machines analytiques étaient préparés pour chaque opération. « Reprogrammer une tâche pouvait prendre des jours car il fallait reconfigurer les câbles et les commutateurs », résume Sébastien Inion dans Histoire de l’informatique (Ellipses, 2025). Les cartes perforées contenaient des données uniquement. Elles étaient saisies et lues par des opérateur·rices (majoritairement des femmes). 

En 1945, une révolution dans la manière d’imaginer les calculateurs a lieu: « Les données et les instructions d’un programme sont stockées […]