Selon les chiffres officiels publiés mardi 31 mars, les prisons françaises comptaient 87 126 détenus au 1er mars 2026. Ce nouveau chiffre révèle la surpopulation carcérale chronique avec une augmentation de près de 5 000 détenus (6,1%) sur un an, pour seulement un millier de places disponibles dans les centres pénitentiaires français. Les maisons d’arrêt où sont détenues les peines courtes ou les personnes en attente de jugement, donc présumées innocentes, affichent un taux de suroccupation de 168,4 %, rapporte Le Monde. De son côté, le taux de suroccupation globale est de 137,5%. Pour faire face à cette crise, des matelas sont posés au sol dans les cellules faute de lits. Au 1er mars 2026, 6 875 matelas au sol étaient recensés, soit une hausse de 50% en un an (4 580).

Au total, 29 établissements atteignent un taux égal ou excédent 200% ce qui signifie que deux détenus sont incarcérés pour une place. Les syndicats et les professionnels du monde pénitentiaire dénoncent un système au bord de l’explosion. En plus de la surpopulation, les prisons connaissent aussi un sous-effectif parmi les surveillants et l’insalubrité dans de nombreux lieux de détention. Le ministère de la Justice compte ouvrir 3 000 places supplémentaires dans des prisons modulaires d’ici à un et demi. Seules 4 500 des 15 000 places prévues dans un plan lancé en 2018 ont été livrées, a reconnu le ministre de la Justice.

Le Conseil de l’Europe avait alerté sur la surpopulation carcérale

Dans un rapport publié en janvier, le Conseil de l’Europe a dénoncé les conditions d’incarcération en France. « Nous sommes extrêmement inquiets », a déclaré Alan Mitchell, président du Comité pour la prévention de la torture (CPT) du Conseil de l’Europe, vigie des droits fondamentaux sur le continent. Le Conseil de l’Europe, qui n’est pas lié à l’Union européenne, rassemble 46 pays, indique franceinfo. Ainsi, le CPT a visité quatre prisons françaises fin 2024 (Fleury-Mérogis et Fresnes en région parisienne, les Baumettes à Marseille et Villefranche-sur-Saône dans le Rhône). Dans son rapport, le CPT note que : « l’accroissement de la surpopulation carcérale est particulièrement alarmant ». De plus, il souligne que « la surpopulation carcérale peut transformer une prison en un entrepôt humain ».

Concernant les bâtiments, la CPT constate que « les conditions d’incarcération à la prison de Fresnes étaient indignes, avec des locaux et des cellules humides, vétustes et insalubres ». Des cellules vétustes, du mobilier et des fenêtres cassées ont aussi été constatées à Villefranche-sur-Saône et à la maison d’arrêt pour femmes de Fleury-Mérogis. Le Comité demande des « mesures urgentes pour remédier à la surpopulation chronique des maisons d’arrêt et aux mauvaises conditions de détention matérielles », rapporte l’Observatoire international des prisons, qui souligne que cela ne fait pas partie des mesures envisagées par le gouvernement. Par ailleurs, le Comité soutient que « la construction de nouvelles prisons ou l’augmentation de la capacité des prisons ne constituent pas une solution durable au problème de la surpopulation » et demande plutôt l’instauration d’un numerus clausus pour garantir la norme minimale d’espace vital dans les prisons.