Les images d’embarcations de fortune dérivant sur la Méditerranée et rejetant sur ses côtes, hommes, femmes, enfants pantelants, au regard halluciné par le supplice enduré, sont devenues banales. Ravivées depuis peu par les naufrages de pitoyables bateaux pneumatiques surchargés dans la Manche, elles font écho au chaos du monde : conflits récurrents au Moyen-Orient, affrontements armés dans le Sud global, guerre en Ukraine poussant des dizaines de milliers de personnes traumatisées sur les routes de l’exil.

Une prise en charge psychothérapeutique

Comment se relever après pareils parcours ? Surmonter les psychotraumatismes liés à ces périples, le déracinement, la solitude, le dénuement ? Beaucoup n’y parviennent pas et ont besoin d’un accompagnement. La Cimade, qui depuis plus de quatre-vingts ans accompagne les bouleversements du monde, ses guerres, ses mouvements d’exil, ses migrations, ne pouvait pas ne pas accueillir et soigner les personnes traumatisées par un exil contraint semé de violences physiques – tortures, viols, agressions – et parfois même de deuils. Toutes ont besoin de s’exprimer, de trouver une oreille attentive à leurs souffrances ; or, les lieux de prise en charge sont insuffisants et la barrière de la langue est un défi.

C’est pour répondre à ces besoins spécifiques que le centre Frantz-Fanon est né. La prise en charge
psychothérapeutique des personnes exilées est assurée par des psychologues de sensibilités différentes et complémentaires, compétents pour traiter les effets de l’exil (deuil et trauma) et assistés par des interprètes. Les consultations sont gratuites, sans condition d’âge ni de statut.

Le patient au cœur du dispositif

Les soins reposent sur la personne elle-même, envisagée dans sa globalité, et sur une prise en charge sanitaire étroitement articulée à son contexte de vulnérabilité sociale et administrative ainsi qu’à l’environnement politique dans lequel elle évolue.

Depuis l’année dernière, l’attention des soignants s’est portée sur les victimes de torture – tortures policières, violences sexuelles ou viols utilisés comme arme de guerre – dont la parole est la plus difficile à faire advenir. Pour ce public particulier, le centre a expérimenté, en décembre 2024, des séances de psychodrame ; elles favorisent la levée des inhibitions, l’expression des émotions, et conduisent à une véritable catharsis : les patients reprennent pied et se réapproprient leur vie.

Le centre Frantz-Fanon est également un lieu de ressources pour les professionnels appelés à intervenir auprès des personnes traumatisées par l’exil : psychologues, personnels soignants, travailleurs sociaux ou interprètes. Il assure ainsi le meilleur service, dans la région Occitanie, aux personnes exilées blessées qu’il conduit sur le chemin de la dignité retrouvée, et aux professionnels qui les soutiennent.