« Un scandale de pédophilie étouffé par le Quai d’Orsay ». Dans un mail daté du 13 avril 2016, la directrice financière de la banque Edmond de Rothschild informe Jeffrey Epstein en lui envoyant un lien vers un article de blog. On y lit une reprise d’information issue de la bande dessinée de Vincent Jauvert au sujet d’un diplomate français en poste au siège de l’ONU, à New York, et visé par une enquête du FBI (Federal Bureau of Investigation). Le diplomate était suspecté d’avoir consulté des sites pédopornographiques, rapporte Mediapart.

Alors que l’affaire s’ébruite, il est alors discrètement exfiltré et rapatrié en France. Une fois le mail reçu, Jeffrey Epstein fait suivre le message, sans commentaire, à deux personnes : le Norvégien Terje Roed-Larsen, envoyé spécial auprès du secrétariat général de l’ONU, et son principal conseiller, le Français Fabrice Aidan. Ce dernier étant la personne visée par les investigations du FBI et de l’ONU, le mail d’Epstein montre bien la proximité du diplomate avec le financier pédocriminel. Un représentant de l’ONU indique : « Fabrice Aidan a été employé par les Nations unies, détaché par le gouvernement français, de juillet 2006 jusqu’à sa démission en avril 2013. Au moment de sa démission, une procédure disciplinaire interne était en cours ».

Le ministère réagit

Comme l’indique France Info, Fabrice Aidan apparaît à de nombreuses reprises aux côtés de Jeffrey Epstein. Il est également cité dans près de 200 fichiers mis en ligne par la justice états-unienne. Malgré cette procédure disciplinaire et l’enquête du FBI, le diplomate aurait continué à voyager librement dans l’orbite proche de Jeffrey Epstein. Il lui aurait notamment transmis des informations diplomatiques importantes. Informé par la presse, le ministère des Affaires étrangères a alors indiqué : « Le ministère entend pleinement contribuer à la manifestation de la vérité et ne manquera pas, si nécessaire, de prendre toutes les mesures qui s’imposent, y compris saisir la justice française, dans cette affaire. »

Quelques heures plus tard, le ministre Jean-Noël Barrot rapporte en effet, selon un post sur X : « Je saisis ce soir le procureur de la République au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale pour lui signaler les faits présumés mettant en cause Monsieur Fabrice Aidan. Je diligente par ailleurs une enquête administrative pour contribuer au travail de la Justice et lance une procédure disciplinaire. » Selon une autre source gouvernementale, « La priorité du ministre des Affaires étrangères et de son inspection générale est de comprendre pourquoi cette information s’est perdue ». En effet, le diplomate a pu poursuivre sa carrière sans être inquiété au Quai d’Orsay ainsi qu’à l’UNESCO.