Comparé à d’autres pays dans le monde, la société française porte de plus en plus haut les revendications de liberté, de respect et d’égalité entre les hommes et les femmes et on ne peut que s’en réjouir. Cependant, dans les professions de l’aide à la personne, la proportion de femmes dépasse 80 % pour les éducateurs et les infirmiers, 90 % pour les aides-soignants, les aides à domicile et les assistants de service social.

Les métiers du « care » seraient-ils donc intrinsèquement féminins ?

Héritiers des institutions de charité, fondées et tenues par des religieuses prêtes à répondre à leur vocation d’accueil des plus démunis, et entourées elles-mêmes d’autres femmes bénévoles ?

Il y aurait beaucoup à dire sur la pratique des Églises au cours des siècles, qui a cantonné les femmes au service et au soin, bien loin de la relation de vérité, de dignité et d’audace que Jésus instaurait avec celles qu’il croisait sur sa route. Dans le même temps, les rôles attribués traditionnellement à chacun des sexes renforçaient la croyance selon laquelle les femmes étaient submergées par leurs émotions, signe supposé de faiblesse et d’instabilité. Aujourd’hui, nous savons que la connexion au ressenti et aux émotions est la clef de l’empathie, qui permet d’identifier les besoins de l’autre. Elle constitue le socle du soin, mais est-elle une valeur phare dans notre société ?

Des directrices et directeurs d’établissement témoignent avec reconnaissance que c’est grâce aux femmes, en particulier celles issues de l’immigration, que leurs services peuvent continuer à fonctionner. Mais le manque d’attractivité de ces métiers, peu reconnus et dont les conditions de travail se sont fortement dégradées, continue d’être un facteur décourageant pour les hommes. Toutefois, gardons confiance et poursuivons nos efforts pour que les lignes bougent : peu à peu les femmes ont leur place dans les stades, les forces de l’ordre, les postes de leadership… Espérons qu’à leur tour, les hommes trouvent la leur auprès des personnes vulnérables ; ils auront tout à y gagner, « car c’est en donnant qu’on reçoit »…