Quel message allez-vous délivrer à cette communauté meurtrie ?
J’ai pensé à cette parole de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce n’est pas un enseignement en premier lieu, c’est un cri. Il n’en est fait mention que dans deux des quatre Evangiles, et c’est une reprise du psaume 22. C’est une parole qui, dans le fond, est importante parce qu’elle dit quelque chose de l’humanité de Jésus, de son incompréhension. En même temps, si Jésus est Dieu, Dieu crucifié, c’est insupportable !
Bien sûr, on est dans une construction théologique qui vise à donner un sens à la crucifixion; néanmoins, c’est une représentation de Jésus l’humain, profondément humain, qui ne se sent plus en relation suffisante avec le Père. Il ose crier son abandon. Le fait que cela figure dans des Evangiles est important pour moi. Cela signifie que nous sommes autorisés à dire notre souffrance à Dieu.
Il y a différents types de souffrance. La souffrance de parents qui ont perdu un enfant n’est pas la même que celle des personnes qui se sentent simplement touchées par cet événement et participent d’une forme de souffrance collective. Mais chacune, chacun doit se sentir autorisé•e à exprimer son désarroi.
Est-ce une légitimation de la parole ?
Le psaume 22 auquel le cri de Jésus fait écho se termine par « délivre mon âme de l’épée ». Il faut que j’arrête de souffrir comme si une épée était enfoncée dans mon cœur. Par contre, dans les Evangiles, Jésus ne reçoit pas de réponse et je ne crois pas qu’il en ait eu une.
À Crans-Montana, on a invité toutes les personnes, les familles, les proches, les moins proches, à s’exprimer. À mettre des mots sur la souffrance qu’ils avaient à l’intérieur pour lui permettre de sortir. Ça, c’est un chemin de délivrance. Les anciennes générations prônaient le « tais-toi et marche ». Je pense que c’était une […]
