Quel est le principe de la caisse alimentaire commune ?
La recherche-action dans le monde associatif implique de nombreux acteurs, des habitants de quartiers. L’objectif est de produire des connaissances et de susciter des transformations sociales. Je m’intéresse aux questions d’accès à l’alimentation depuis une dizaine d’années. La caisse alimentaire commune de Montpellier, sur laquelle je travaille actuellement, est directement inspirée du principe de la sécurité sociale de l’alimentation. C’est un système de pair à pair et de redistribution. Les participants cotisent selon leurs moyens et reçoivent une monnaie dédiée, dont le montant varie en fonction de la composition de la famille, pour acheter une alimentation de qualité dans un réseau conventionné. Le comité citoyen de la caisse privilégie des circuits courts, des produits bios, des modèles économiques alternatifs, plus vertueux… et promeut une alimentation meilleure pour la santé et l’environnement, parce que l’impact de l’alimentation est avéré sur la santé des hommes comme des écosystèmes. Et sur le bien-être en général.
Ce concept repose-t-il sur la générosité et le don ?
Bien sûr, le don et le contre-don font partie de l’équation puisque chacun, à sa manière, contribue et bénéficie. Mais on s’éloigne du don financier classique où les plus riches donnent pour les plus précaires et bénéficient d’une défiscalisation, sans participer à un projet commun. Les raisons pour lesquelles les habitants participent sont diverses, il y a une volonté de contribuer et de prendre part à un projet solidaire collectif. Le défi est de déterminer le contrat social qu’on est capable de passer ensemble autour de ces enjeux alimentaires, un peu comme ça a été fait pour la sécurité sociale en 1946, avec cette idée qu’on fait le choix de se protéger les uns les autres contre les risques multiples liés à l’alimentation. On parle de solidarité démocratique, de prise de décision collective, de choix commun. On veut donner le pouvoir de choisir et d’agir aux habitants. On travaille notamment à partir des travaux de la philosophe Joëlle Zask sur la participation.
Qui vous suit dans ce projet ?
On a fait un gros travail pour mobiliser des habitants de Montpellier. En 2022, une cinquantaine de personnes ont rejoint l’expérimentation. Aujourd’hui, c’est un peu plus de quatre cents foyers qui participent. La cotisation est libre mais guidée, le comité citoyen de la caisse vous suggère un montant en fonction de vos revenus. C’est un euro minimum par mois.
La caisse propose aussi des temps d’apéritifs conviviaux, des projections de films, des ateliers cuisine, des rencontres, des soirées à thème… Il y a une bonne diversité sociale (âges et revenus), avec une volonté de représentativité, mais le comité citoyen a également souhaité donner à cette expérimentation une utilité sociale directe en intégrant de nombreuses personnes en situation de précarité afin d’agir ici et maintenant contre cette précarité. Et cette dernière n’est pas que quantitative, elle a aussi des dimensions sociales et psychologiques.
Cette idée politique de sécurité sociale de l’alimentation connaît un certain engouement, mais elle doit encore faire l’objet de nombreuses réflexions. On doit inventer un modèle socio-économique adéquat. La caisse alimentaire commune séduit des catégories sociales assez diverses mais le principe de redistribution – si je gagne plus, je cotise plus – ne plaît, forcément, pas à tout le monde.
En savoir plus :
La FEP, très engagée sur le sujet du droit à l’alimentation, a édité un guide intitulé « Tous à table ! Se nourrir un droit pour tous » assorti de quatorze fiches pratiques.
