Les protestants européens ne sont pas friands d’Halloween. Et il y a plusieurs raisons à cela. Tout a débuté à l’époque celte, et non pas aux États-Unis. À l’époque, la fête païenne de Samain équivaut au Nouvel An et se traduit par des tentatives pour chasser les esprits malins en leur faisant peur. Elle deviendra plus tard la Toussaint, journée où les catholiques se souviennent des défunts et fêtent “tous les saints”, rappelle le journal suisse Réformés. Si des protestants fleurissent parfois les tombes des défunts à la Toussaint, ils rendent surtout hommage à leurs morts le dimanche avant celui qui précède le 1er dimanche de l’Avent. Ce jour-là, ils ont une pensée pour les défunts de l’année écoulée lors du culte et proclament l’espérance de la Résurrection.

Et puis, le 31 octobre est devenu le jour symbolique de naissance du mouvement protestant : celui de la fête de la Réformation. Martin Luther aurait, en effet, placardé ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg, le 31 octobre 1517, où une multitude de pèlerins s’acquittaient probablement d’indulgences et vénéraient les reliques. Des pratiques autour desquelles s’est cristallisée la révolte du réformateur. De quoi expliquer pourquoi les protestants gardent leurs distances avec cette fête. “Le protestantisme réformé a surtout critiqué la Toussaint, rappelle à Réformés le théologien Olivier Bauer. Cette idée d’honorer les morts, de leur consacrer des messes allait contre l’idée protestante de dire qu’une fois que l’on est mort, on est mort, ce qui pouvait être joué est joué.” Pour ne rien gâcher, Halloween n’a “pas d’investissement religieux ou théologique – ou alors, positivement, de narguer la mort, de lui montrer qu’elle n’a pas le dernier mot”. Pour Françoise Pastoris, pasteure de la paroisse suisse de Gland, la symbolique de la fête est gênante : “Jouer avec le monde des esprits et des ténèbres, même sans réelle volonté occulte, est malsain.”

Une autre vision de la fête

Aux États-Unis, des pasteurs ont décidé d’utiliser la fête commerciale. Une étude publiée en 2016 et relayée par L’Observateur chrétien indique que 67% des 1 000 pasteurs interrogés déclaraient inciter les membres de leur église à inviter des amis ou voisins à des événements organisés par l’église à l’occasion d’Halloween. Et 52 % les encourageaient à tisser des liens avec les voisins qui frappent à la porte. Et ils étaient alors 26% à leur proposer de distribuer des tracts d’évangélisation, en plus des bonbons.