Par Benjamin Limonet, Ministre chargé de l’animation biblique en Centre-Alpes-Rhône

Quand je pense à la montagne, j’ai deux souvenirs d’enfance qui me viennent. Une balade en famille dans la montagne Vannière, près du village paternel en Saône-et-Loire. J’ai gardé en mémoire l’impression d’un moment suspendu. Et d’une jolie vue sur la plaine de la Grosne. Puis, dans ma préadolescence, un été en Haute-Savoie. L’éblouissement des Alpes. Une randonnée, un jour, entre père et fils. Plus tard, au début de mon ministère, j’ai apprécié d’être entouré de moyennes montagnes, mes préférées, je crois. Elles me suffisent. Montagne bourbonnaise, monts de la Madeleine, du Forez, du Beaujolais ou du Lyonnais sont, de fait, les endroits où parfois je m’évade.

Un lieu aux mille acceptions

Un passage en revue des livres bibliques révèle les diverses acceptions du terme montagne. C’est tout à la fois le lieu : de refuge (à commencer par Lot : « Fuis vers la montagne de peur de périr », Genèse 19.17 b – Traduction œcuménique de la Bible) ; de culte ; d’où viennent les bénédictions (« Les bénédictions de ton père ont surpassé les bénédictions de ceux qui t’ont engendré, jusqu’au bout des coteaux d’éternité », Genèse 49.26 – Martin) ; de rencontre avec Dieu ; de révélation ; de résidence des ennemis ; de sépulture à l’air libre et sans que les proches ne s’appesantissent – obsèques on ne peut plus calviniennes et ma foi très écologiques (« Aaron mourut là, au sommet ; puis Moïse et Éléazar redescendirent de la montagne », Nombres 20.28 b – La Bible/Nouvelle français courant) ; de convoitise et d’espérance ; du seul EVJF (enterrement de vie de jeune fille) de la Bible, mais pour se consacrer au Seigneur (la fille de Jephté y pleure sa virginité avec ses compagnes pendant deux mois avant de respecter le vœu de son père en Juges 11.38) ; associé au dieu d’Israël et, pour cela, craint par les Araméens (« Leur dieu est un dieu de montagnes ; c’est pourquoi ils ont été plus forts que nous », 1 Rois 20.23 – Louis Segond) ; de résidence des rapaces ; où le Seigneur montre sa supériorité ; à connotation péjorative et éruptive lorsqu’il est associé à Babylone (« Voici, j’en veux à toi, dit l’Éternel, montagne de destruction qui détruis toute la terre ; j’étendrai ma main contre toi, et je te roulerai du haut des rochers, et je ferai de toi une montagne brûlante », Jérémie 51.25 – Darby) ; où l’on peut paradoxalement s’échouer, tel Jonas (« Aux extrémités des montagnes je descends », Jonas 2.7 – Bible des écrivains) ; de tentation bien avant l’invention de la tartiflette (Matthieu 4.8-9) ; pour sermonner, mais surtout enseigner les disciples (Matthieu 5-7) ; de l’ultime envoi ; d’une spiritualité intense (« Jésus s’en alla prier dans la montagne ; il passa toute la nuit à prier Dieu », Luc 6.12 – Nouvelle Bible Segond) ; d’un repos parfois contrarié (Jean 6.3-5a) ; enfin, de cachette illusoire, toutes classes sociales confondues, par temps d’apocalypse (« Et ils disaient aux montagnes et aux rochers : “Tombez sur nous et cachez-nous loin de celui qui est assis sur le trône et loin de la colère de l’Agneau.” », Apocalypse 6.16 – Segond 21).

Lieu de la révélation

Il manque au moins une occurrence dans cette liste qui, pour attentive qu’elle soit, ne prétend pas à […]