Un midrash (commentaire judaïque des textes bibliques) propose une réponse imagée : lorsque Dieu décida de transmettre les tables à Israël, toutes les montagnes commencèrent à se disputer. L’une disait : « Je suis la plus grande, c’est à moi que doit revenir l’honneur d’être le lieu du don » ; une autre rétorquait : « Non, c’est à moi, car je suis la plus belle ! », chacune voulant faire croire à sa supériorité. Mais le mont Sinaï, qui était petit et humble, restait à l’écart sans prendre la parole. Dieu dit alors que toutes les grandes montagnes avaient des défauts, et se tourna vers le Sinaï : «Puisque tu t’es abaissé, c’est sur toi que je ferai le don. » 

L’humilité est valorisée dans d’autres circonstances dans la Bible. Rappelons comment Moïse répond à l’appel de Dieu : il se montre très peu empressé d’accepter le rôle que Dieu veut lui confier : « Je ne suis pas doué pour la parole »« Ma bouche et ma langue sont embarrassées »… Passons les siècles : le Christ, né dans une étable, abandonne ses attributs divins pour rejoindre l’humanité (la kénose). C’est bien dans les trois cas la même volonté de refuser l’ambition dominatrice et de valoriser l’humilité. 

Quittons le domaine religieux pour le profane. C’est un lieu commun de dire que le symbole de la montagne devient nettement ambivalent : d’un côté les valeurs positives de dépassement, d’humilité et de spiritualité ; de l’autre la domination, la compétition, le culte de soi. 

Le désir d’aller au sommet peut en effet être interprété comme la volonté d’aller au bout de soi-même, et dire comme le pilote Henri Guillaumet « Ce que j’ai fait, aucune bête ne l’aurait fait », tout en gardant à l’esprit que l’exploit qu’on a réalisé doit nous rendre encore plus humble. 

À l’inverse, vouloir atteindre les sommets par ambition personnelle est hélas probablement plus fréquent, en particulier dans le […]