Le caractère unique des Actes des Apôtres n’est pas seulement factuel – c’est le seul ouvrage de ce genre dans le corpus néotestamentaire –, il est largement reconnu et souligné par la recherche contemporaine sur ce livre. La mise en récit par l’auteur de Luc-Actes de ce qu’on appelle souvent «les origines du christianisme» n’est pas un simple compte rendu historique, mais un acte théologique structurant.
Le dossier des Actes est complexe : en l’ouvrant, on se confronte à l’histoire racontée par les Actes ainsi qu’à l’histoire du livre des Actes lui-même – œuvre de troisième génération – dans un jeu de miroir entre réalité passée et présente, entre mémoire collective et relecture identitaire. Dans cet aller-retour entre passé reconstruit et présent ecclésial, se joue l’une des questions fondamentales du texte: comment se comprendre et se dire comme communauté croyante, à la lumière des événements pascals, dans un enracinement juif et une ouverture au monde gréco-romain ? Simon Butticaz dit qu’avec les Actes, «(…) Luc dote la chrétienté de son temps d’un système d’auto-compréhension, d’une chronique de sa présence au monde». Si certains y voient les linéaments d’une «identité chrétienne», d’autres – comme Steeve Bélanger dans ce numéro – mettent en garde contre des catégories trop figées ou anachroniques.
Cela dit, nous pouvons nous accorder sur le caractère évolutif du texte des Actes: le récit avance, les personnages évoluent, tout en reflétant le cheminement théologique d’un auteur, d’une communauté, et les changements socio-religieux qui s’opèrent dans son environnement. Ce cahier entend explorer cette dynamique constitutive des Actes des Apôtres, il s’intéresse à la construction d’un sens grâce à la narration et s’ouvre aux enjeux actuels théologiques et ecclésiaux des Actes.
Odile Flichy ouvre ce cahier en nous invitant «à revisiter les fondements de notre identité chrétienne», tels que don de l’Esprit, vie communautaire, mission. Elle voit les Actes comme une ressource vivante pour penser les défis de l’Église aujourd’hui : marquée par la pluralité des cultures et des langues, portée par l’Esprit, en tension entre enracinement biblique et ouverture missionnaire.
Les articles suivants proposent une plongée dans la construction narrative et théologique de ces fondements. Steeve Bélanger relit le récit du «concile» de Jérusalem (Actes 15) comme moment fondateur, non pas tant historique que narratif, où se négocie un compromis communautaire face à la diversité des appartenances. Sa contribution est aussi l’occasion de nous rendre attentifs aux anachronismes que nous projetons souvent sur les origines du christianisme.
Amata Mbani examine ensuite les stratégies à l’œuvre dans la prière d’Actes 4,23-31. Entre tradition et nouveauté, la prière est ici lieu de définition de la communauté vis-à-vis de son Dieu et de ses membres.
Jonathan Bersot complète ce tableau en analysant la dynamique de révélation du titre kúrios, et la manière dont Luc fait émerger progressivement la figure de Jésus comme Seigneur pleinement divin. Ce panorama christologique permet aussi d’y voir la construction identitaire en cours.
Deux contributions s’attachent ensuite à des figures clés du récit. Miriam Jaillet met en lumière le Jean Baptiste des Actes, figure de transition et de légitimation, grâce auquel le baptême chrétien s’articule entre mémoire et nouveauté.
James Morgan étudie la fonction narrative de Gamaliel, qui rejoint le motif littéraire du […]
