C’est une parole à laquelle je pense souvent, surtout quand il m’arrive de voir le résultat de ce qui, un jour a été semé. Alors je pense à elle et je souris. Je souris parce qu’au fond je sais qu’elle n’avait pas complètement tort, et j’ai appris avec le temps à ne plus rien attendre de mes dires ou de mes actions. Je suis un « serviteur inutile », et si, d’une façon ou d’une autre il m’arrive d’être au bénéfice d’un geste ou d’une parole lancée à la volée, ce n’est que pure grâce, et je souris.

Notre monde est exigeant. Trop. Il faut des résultats tout le temps. On ne fait rien pour rien et c’est fatiguant. Le pire, c’est que ça commence à la naissance : acquisition du langage, acquisition de la marche et j’en passe. Si l’enfant n’est pas dans les clous on s’affole, on teste, on énumère les DYSfonctionnements, on fait des listes, des catalogues, on oriente vers tel ou tel spécialiste parce qu’au bout du compte y’a intérêt à rentrer dans les rangs. Il ne faut pas déranger le monde dans sa progression, il faut correspondre au schéma d’élévation… ou sortir du cadre et finir dans la case « marginal ».

Notre monde ne tolère que très difficilement ce qui sort de la normalité. La plantation doit être belle, les fruits bien ronds… Si la pomme a envie d’avoir la forme d’une poire, on la jette, quand bien même ce serait la meilleure pomme du monde… Idem pour les humains… Un petit défaut de fabrication et hop, c’est l’avortement qui est de suite […]