Par Nina Liberman Pasteure de Bordeaux-Rive Droite
Le Robert définit ainsi « universel » : « Qui s’applique à la totalité des objets, personnes ou choses. » Prenons maintenant la définition de l’Église telle qu’elle est exprimée dans la lettre aux Éphésiens par l’apôtre Paul : l’Église est le corps du Christ (Éphésiens 1.23). Si on ajoute à cette définition le verset 28 de l’épître aux Galates dans laquelle il est écrit qu’en Christ, « il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ », alors parler de l’Église universelle, c’est employer un pléonasme ! L’Église est par définition universelle ! Le synode n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler qu’elle est aussi visible et invisible, et donc non quantifiable par qui que ce soit, individu ou institution.
Se préoccuper de tout
Avec cette compréhension très large de l’Église, nous pourrions être tentés de dire que « si l’Église c’est tout le monde, alors ce n’est personne » et perdre le sens du rôle de chacun et de chacune. Individuellement et ecclésialement. De plus, le fait que Dieu fasse « lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5.45) nous interroge aussi sur notre seuil de tolérance et les limites d’une Église que nous voudrions pure et sans pécheurs ! Un méchant, un bon ? Un juste, un injuste ? Si c’est vraiment la même chose, alors à quoi bon ?
C’est pourtant dans cette Église-monde que nous sommes appelés à prendre des responsabilités, c’est làbla spécificité et le cœur du christianisme, la vocation de tout chrétien :
« car si nous saluons (…) et aimons uniquement nos frères, qu’il y a-t-il d’extraordinaire ? » (Mt 5 46-48) Un chrétien a pour mission de se préoccuper de tout et de tous, du prochain comme du lointain, puisque nous sommes un comme « Dieu est un » (Dt 6.4). Il doit se préoccuper de tout et de tous, et de justice en particulier.
Qui dit « justice » dit « lois »
Lors de ce même synode, nous avons aussi travaillé sur une proposition de liturgie, dite « bleue », commune aux luthériens et aux réformés. Lors du travail préparatoire en conseil local, nous avons été frappés par le fait que cette liturgie ne comporte plus de rappel de la Loi de Dieu, parfois appelée aussi Volonté de Dieu. Certes, les luthériens et les réformés n’ont pas tout à fait le même rapport à la Loi, mais, sans entrer dans des discussions théologiques, les nouvelles dynamiques mondiales nous appellent à réagir.
En effet, les nouveaux empires et leurs dirigeants outragent le droit et la justice, renversent et bouleversent le sens des mots, de l’histoire, nient les droits de l’homme. Du passé ils font table rase et posent le décor d’une nouvelle justice dans laquelle la loi du plus fort et du plus riche est désignée comme étant « juste ». Ainsi, le droit international est-il remplacé par un « Conseil de Paix », dont le président autoproclamé vend le droit de participer « pour un milliard d’euros en espèces » à d’autres dictateurs. (Le Monde, 19 janvier 2026). De quelle « paix » parle-t-on ici ? Ces nouvelles dynamiques sont des signes graves qui nous alertent sur la volonté de se défaire de toute éthique, de la pulvériser, de la voir s’effondrer.
Rappeler la Loi de Dieu
Dans ce contexte, il est vital, pas seulement pour nos Églises mais pour la survie même de l’Évangile, de rappeler la Loi de Dieu, sa Volonté. Non pas parce que nous devrions tendre vers un nouveau légalisme, mais parce qu’avec elle […]
