lien intergénérationnel

Familles de la Bible ou l’imparfaite transmission

Familles originales, violentes, mais rarement « normales » : la Bible ne raconte pas de charmantes histoires de famille. Entre intrigues et généalogie compliquée, le texte biblique ne fait pas l’apologie de la famille comme nous la connaissons.

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Publié le 8 août 2021

Par Jean-Pierre Sternberger, bibliste en Centre-Alpes-Rhône

La Bible n’est pas vraiment le livre des familles heureuses où parents et enfants communiquent facilement. Voyez plutôt : Adam et Ève sont absents quand leurs f i ls se disputent violemment ; Abraham ne parle pratiquement jamais à ses fils ; Noé se trompe et maudit son petit-fils à la place de son père ; parce qu’il aime le gibier, Isaac choisit son fils chasseur et déshérite l’autre ; Rébecca choisit Jacob et le pousse à mentir à son vieux père aveugle ; Jacob privilégie Joseph, provoquant la jalousie de frères qui finiront par se venger… Et je ne parle pas de Juda, ses fils et sa belle-fille, de David et des conflits entre ses enfants, Osée qui donne des noms bizarres à ses filles…

Bien sûr, il y a Joseph, qui accepte d’épouser Marie enceinte. Mais est-il seulement le père de l’enfant ? Il y a Marie qui accompagne son fils aîné jusqu’à la croix. De toutes les familles de la Bible, celle de Jésus est peut-être celle qui s’approche le plus d’une famille « normale », voire, pendant un certain temps, heureuse. Cela n’empêcha pas Jésus de faire une fugue dans la capitale…

Le succès des intrigues

Des familles « normales » où parents et enfants se parlent et où les premiers transmettent aux seconds valeurs et connaissances, il y en a bien dans la Bible. Je pense à celle que purent former Boaz et Ruth après la naissance d’Obed. Mais cela est tout juste esquissé dans le texte. S’il n’est pas vrai que les gens heureux n’ont pas d’histoire, celles-ci n’ont guère le succès des intrigues et autres drames évoqués plus haut. Aussi faut-il renvoyer à d’autres lieux du livre pour y voir inscrits la nécessité et le bonheur de transmettre et parmi ces lieux : la généalogie et la fête.

Les généalogies sont d’injustes chemins parfois artificiels. Injustes, car à chaque génération, l’ascendance des femmes est perdue. Artificiels, car rien ne prouve leur réalité en dehors de la mémoire invoquée. Ce sont pourtant autant d’histoires mises bout à bout comme les différents épisodes d’un long conte que le lecteur est appelé à reconstituer. Là se disent à la fois la fidélité de Dieu mise à l’épreuve de l’histoire humaine et la fidélité ou non des humains à la Parole qui ne cesse de leur être adressée. À la fin, rien ne nous est dit de la personne, prince ou mendiant, à qui la généalogie aboutit si ce n’est qu’il fait aussi partie du conte et a, comme les autres, sa page à écrire. Il y a donc une place pour lui, pour elle, et une liberté, peut-être une joie, qui lui sont propres.

Et de la généalogie

Si la généalogie traverse le temps, la fête transcende l’espace. Au seul temps du rendez-vous fixé, dans l’espace mis à part pour elle, la fête réunit qui sait et qui apprend, sachant que tous savent quelque chose et apprennent de même. Selon le rituel de la Pâque juive, l’enfant se doit d’interroger les adultes sur le sens de ce qui est vécu ensemble. Les aînés lui répondent selon le commandement qui leur en est fait. La fête est donc le lieu privilégié où se transmet, au sein de la grande famille des croyants, le message et la promesse, l’histoire et ses recommencements.

C’est alors qu’au jardin des familles de croyants, si imparfaits soient-ils, on peut voir germer des grains de foi et d’espérance.

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