La généalogie de Jésus dans l’Évangile de Matthieu

La généalogie de Jésus dans l’Évangile de Matthieu

Que dire de ce début de l’Évangile de Matthieu qui est à la fois si connu et commenté, et si peu lu, entendu et médité ?

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Publié le 27 décembre 2019

Auteur : Véronique Isenmann

Écouter Matthieu égrener des noms imprononçables qui ne nous évoquent rien, en quoi cela peut-il nous concerner ? À quoi rime cette énumération pour moi, pour nous, aujourd’hui ?

Commencement

Ce commencement de l’Évangile est fort. Le premier mot en est Biblos. Il désigne au départ la moelle au cœur du papyrus, puis l’écorce sur laquelle on écrira et enfin l’objet écrit, le livre. Début savoureux et nourrissant.
L’Évangile qui ouvre le Nouveau Testament commence par cette lettre B. Qui ouvre aussi la Genèse, Bereshit, dans le commencement, à l’origine. Et merveille, le deuxième mot de l’Évangile de Matthieu est justement Geneseôs. Ce mot évoque en grec les origines, mais aussi les enfantements, la créativité, et la source de vie, et ce qu’elle va produire. Début puissant et rempli d’espérance.
Début qui annonce, en deux mots Biblos geneseôs, une nouvelle création qui ne part pas de rien.

Nouvelle création

Elle prend sa source à partir d’une humanité imparfaite. Les chemins de foi racontés par Matthieu sont rythmés par les cycles de la vie. Untel engendre untel. Des inconnus, des noms plus connus, des accidents de parcours, des manquants dont le nom est perdu.

Peu importe qu’il s’agisse vraiment de trois fois quatorze générations. Mathieu s’appuie sur cette régularité dans le rythme que donne l’énumération des noms, semblable à un battement de cœur. Il s’appuie sur les ruptures qui surviennent régulièrement pour signifier les cassures en humanité, et les ruptures qui laissent des blessures et des cicatrices indélébiles.

Sur le rythme d’une création meurtrie qui a besoin d’être régénérée. Une histoire dans laquelle les hommes sèment et accueillent la vie, la nomment et contribuent à son devenir. Transformée par des femmes courageuses, libres et intelligentes. Ou au cœur de ces blessures honteuses par lesquelles Dieu fait son chemin de salut.
Et bon an, mal an, la vie reprend son rythme. Jusqu’à la fracture suivante.

Fracture

Et d’ailleurs, la voilà ! Le rythme du texte est brusquement rompu. Le ronronnement des untel engendra untel est brusquement interrompu :  » Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l’on appelle Christ. »
Une Marie dont Matthieu ne nous dira rien de plus. Ce n’est pas grand chose. Et c’est en même temps d’une magnifique sobriété. Que pourrait dire l’homme Matthieu de ce qui arrive à l’adolescente ? Il a la sagesse de renoncer à parler à sa place. Nous ne saurons rien de ce qui se passe en Marie.

Quête d’humanité

La seule perspective que Matthieu nous offre est celle d’un homme, Joseph, face à l’impossible. Qui cherche à être juste et reste à l’écoute de Dieu. Un Joseph qui ne peut rien donner à cet enfant, même pas son nom. Si ce n’est une dignité pour sa mère et un ancrage culturel, historique et de foi.
Humus indispensable au surgissement de l’impossible. Merveilleux Matthieu qui, de génération en génération et d’engendrement en naissance, évoque ce berceau imparfait qui attend l’Emmanuel en quête d’humanité.

 

Texte biblique

Matthieu 1, 1-17 (Traduction TOB)
Livre des origines de Jésus Christ,
fils de David, fils d’Abraham,
Abraham engendra Isaac, Isaac engendra
Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères,
Juda engendra Pharès et Zara, de Thamar,
Pharès engendra Esrôm, Esrôm engendra
Aram, Aram engendra Aminadab,
Aminadab engendra Naassôn,
Naassôn engendra Salmon,
Salmon engendra Booz, de Rahab,
Booz engendra Jobed, de Ruth,
Jobed engendra Jessé,
Jessé engendra le roi David.
David engendra Salomon, de la femme
d’Urie, Salomon engendra Roboam,
Roboam engendra Abia, Abia engendra Asa,
Asa engendra Josaphat, Josaphat engendra
Joram, Joram engendra Ozias,
Ozias engendra Joatham,
Joatham engendra Achaz,
Achaz engendra Ézéchias,
Ézéchias engendra Manassé,
Manassé engendra Amôn,
Amôn engendra Josias,
Josias engendra Jéchonias et ses frères ;
ce fut alors la déportation à Babylone.
Après la déportation à Babylone,
Jéchonias engendra Salathiel,
Salathiel engendra Zorobabel,
Zorobabel engendra Abioud,
Abioud engendra Éliakim,
Éliakim engendra Azor, Azor engendra
Sadok, Sadok engendra Akhim,
Akhim engendra Élioud,
Élioud engendra Éléazar,
Éléazar engendra Mathan,
Mathan engendra Jacob,
Jacob engendra Joseph,
l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus,
que l’on appelle Christ.
Le nombre total des générations est donc :
quatorze d’Abraham à David,
quatorze de David à la déportation de
Babylone, quatorze de la déportation
de Babylone au Christ.

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