Pâques, un happy end chrétien

Au moment de célébrer Pâques, la fête essentielle de la foi chrétienne, comment peut-on comprendre la résurrection aujourd’hui ? Des pasteurs et des théologiens livrent leur interprétation.

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Publié le 13 avril 2017

Auteur : Élise Perrier

Au présent

Deux tiers des Suisses croient en une vie après la mort. Mais quand il s’agit de préciser quelle forme prendra cette après-vie, la résurrection s’efface devant la réincarnation. 24,9 % de la population suisse croit en la réincarnation, contre seulement 10,6 % en la résurrection. La majorité des protestants (53,9 %) ne voient aucune incompatibilité entre leur foi et la croyance en la réincarnation.

Comment expliquer ce manque de popularité de l’élément fondateur du christianisme ?

« Si le message de la résurrection n’est plus compris aujourd’hui, c’est parce que l’on s’arrête à la “ représentation ” de la résurrection. Nous nous imaginons que Jésus sort du tombeau comme une fusée pour s’élever au ciel ! Mais cela ne parle évidemment à personne. Au contraire, il est important de s’attacher à ce que “ signifie ” la résurrection », explique Andreas Dettwiler, professeur de Nouveau Testament à l’Université de Genève. Comprendre ce que signifie le message chrétien de la résurrection, son sens profond : la tâche est ardue.

Autre raison pour laquelle elle n’a pas la cote aujourd’hui. « Chaque texte évoquant la résurrection est un tâtonnement, l’expression de l’indicible sous une forme narrative. Et ces textes sont pluriformes : chacun donne des accents spécifiques au message. C’est comme une montagne que chacun regarderait sous une perspective différente. »

Un Dieu subversif

Si la résurrection n’est pas une simple histoire de cadavre qui revient à la vie, comment faut-il l’interpréter ?

Pour Andreas Dettwiler, malgré la difficulté de l’exercice, des pistes se dégagent quand la résurrection est mise en lien étroit avec la mort du Christ, qui a  représenté une immense désillusion pour les disciples. « Nous espérions que ce serait lui qui apporterait la rédemption à Israël ! » s’exclament les disciples d’Emmaüs dans Luc 24. S’il meurt sur la croix,  Jésus ne peut être le Fils de Dieu. « La Résurrection de Jésus, inscrite dans ce contexte, nous instruit sur le Dieu en qui nous croyons, analyse Andreas Dettwiler.

Un Dieu subversif, qui n’est pas là  où nous l’attendons. Non pas du côté du pouvoir politique ou religieux,des puissances de ce monde, des Donald Trump et des Vladimir Poutine ! Au contraire : de même qu’il a été au côté de son Fils mort et humilié, et qu’il l’a ressuscité, il est pareillement auprès de celles et ceux qui ont perdu toute dignité. La résurrection est un langage de réhabilitation. Il redonne la dignité à celui qui l’a perdue et dont le projet de vie semble avoir échoué. » Croire en la résurrection, pour le christianisme, consiste à prendre le parti de la vie là où elle est blessée.

Un retour au présent

Forts de ce message, nous sommes appelés à vivre une résurrection dans notre vie quotidienne : « Il ne faut pas penser la résurrection simplement en termes d’au-delà de l’expérience actuelle, mais comme quelque chose qui vient travailler notre existence, explique André Gounelle, pasteur et professeur émérite de théologie de la Faculté protestante de Montpellier. Ce qui est plus important que l’au-delà, c’est de vivre autre chose dans l’ici-bas. » Et de faire référence à l’apôtre Paul, qui ne dit pas “ vous ressusciterez ” , mais bien “ vous êtes ressuscité ”, ou encore “ vous êtes une nouvelle créature ” (Epître aux Colossiens, 2,12). « La résurrection est un retour à la vie présente, mais d’une manière totalement différente : au cœur de l’échec, une parole de vie. Le fait de ne pas rejeter la résurrection dans le futur en fait un message plus actuel que jamais. » Une position sur laquelle les deux théologiens s’accordent. Pas seulement une résurrection à venir, mais une résurrection qui, dans la foi au Christ, est déjà actuelle.

André Gounelle met cependant en garde : « Il faut se méfier de la prétention à “ fabriquer ” un être nouveau. Le nazisme ou certaines formes de communisme nous rappellent tristement que cela n’a pas eu une issue positive. Or, dans le protestantisme, et c’est ce qui fait sa spécificité, cette résurrection au présent n’est pas le fruit de nos actions, de notre volonté. Elle nous est donnée, et se reçoit à travers l’écoute de la Parole. »

La résurrection du corps

Pour le chrétien, la résurrection appelle une transformation profonde de son regard sur le monde, qui fait naître une espérance nouvelle. Mais une question demeure. Qu’adviendra-t-il de l’homme après son cercueil ? Le christianisme n’aurait rien à répondre à la grande question humaine de l ’après -vie ? « C’est là que surgit un deuxième message : celui qui adhère au Christ et le suit vivra comme lui, explique Jérôme Cottin, professeur de théologie pratique à l’Université de Strasbourg **. La vie nouvelle pour un seul implique la vie nouvelle pour tous ceux qui croient en la réalité de la résurrection. On assiste à un élargissement de la résurrection d’un mort à la résurrection des morts. La résurrection de Jésus n’est qu’un commencement, qui se terminera avec notre résurrection. »

Ressuscite-t-on avec son corps ? Plus qu’une simple espérance ou une parole de consolation, le christianisme promet une résurrection corporelle, mais d’un type particulier. « La résurrection chrétienne n’est pas une résurrection du corps en ce sens qu’elle ne signifie pas le retour à la vie du cadavre, du corps physiologique. Mais il s’agit d’une résurrection du corps en ce sens que c’est le “ moi ” qui ressuscite, avec toute son histoire », précise Jérôme Cottin.

Le happy end chrétien est bien réel. Mais cette issue heureuse implique un combat personnel de chacun pour lutter, avec foi et dès ici-bas, contre l’emprise de la mort sous toutes ces formes (maladie, non-sens, injustice…). Un engagement qui fait de chacun un témoin de la résurrection.

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Edition Genève du mois d’avril 2017

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