Travail et Shabbat

Travail et Shabbat

Les derniers textes législatifs ou réglementaires relatifs au travail n'ont eu de cesse de porter sur deux aspects : flexibilité du travail et durée du temps de travail.

Un contenu proposé par Ensemble - Sud-Ouest

Publié le 10 novembre 2015

Auteur : Nicolas Rocher

La loi du 6 août 2015 illustre bien cela en prévoyant la possible ouverture généralisée des magasins le dimanche dans les zones prévues par le texte. Mais les véritables enjeux sont ailleurs, car si près d’une personne sur trois dit ressentir des souffrances inhérentes à son travail, c’est que la façon de l’envisager ne correspond plus vraiment à l’humain.

Deux souffrances se dégagent des études menées sur le sujet : le manque de reconnaissance et le rythme du travail. Il s’agit d’abord de reconnaître la souffrance au travail. La réponse à la souffrance est souvent perçue comme relevant de la personne elle-même : cela offre à la société l’avantage de ne pas remettre en question le cadre du travail. Or, un cadre de travail mal défini peut engendrer une surcharge de travail et une perte du sens de l’action. C’est sans doute dans ce contexte que peut résonner la parabole des ouvriers de la onzième heure avec la réponse de l’amour inconditionnel du maître à la souffrance des ouvriers (Mt 20,1-16).

Le rythme du travail

C’est la deuxième souffrance. Nous l’avons tous constaté : notre rythme de vie est de plus en plus rapide, saccadé. Alors qu’autrefois, on travaillait au service de la société voire des autres (1), aujourd’hui, on travaille pour alimenter le Marché (2). Cette accélération engendre un stress grandissant. Et pour contrecarrer ce stress, la solution consiste souvent à accélérer encore son rythme de vie : c’est l’auto-accélération (3) à laquelle la société nous pousse. Pour enrayer ce cercle vicieux, il faut apprendre à respecter le sens profond du shabbat. Faire shabbat, ce n’est pas seulement s’arrêter, c’est aussi prendre conscience que nous ne sommes pas esclaves (Dt 5,12-15).
S’arrêter n’est pas chose aisée parce que tout ce qui a été anesthésié refait surface. Mais s’arrêter permet de réaliser que le travail n’est pas notre (seule) raison de vivre. S’arrêter, c’est aussi prendre le temps d’écouter ce que dit l’autre (l’Autre ?) et d’essayer de le comprendre (cf. parabole des Talents où le malentendu engendre la souffrance (Mt 25, 14-30). Tout un travail ! Mais avant ça, shabbat !

Nicolas Rocher, pasteur à Pau.

Pour aller plus loin :
Faron Pierre, Dis, pourquoi tu travailles ? Le Mont de Lausanne, éd. Ouverture, 2012.
Crouzet Didier, Travailler, faire son marché, lire la Bible, Lyon, éd. Olivétan, 2006.

(1) Voire pour la louange du Seigneur comme dirait Calvin.
(2) On produit pour répondre à, voire pour créer la demande !
(3) Phénomène qui consiste à accélérer son rythme de vie à un point tel que la souffrance est comme anesthésiée par la vitesse.

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