René Benoist, né en 1521 à Angers, entre dans l’histoire comme un érudit audacieux, un théologien engagé, mais aussi comme une figure controversée de son époque. Ses choix de vie révèlent un caractère entier, prêt à affronter les tempêtes pour défendre ses idées.
Après des études brillantes à l’Université de Paris, où il obtient son doctorat en théologie en 1554, Benoist s’engage dans une carrière ecclésiastique qui le propulse rapidement sur le devant de la scène intellectuelle et religieuse. Conseiller d’Henri II et de Catherine de Médicis, il devient un acteur central des débats théologiques du 16ᵉ siècle, notamment lors des guerres de Religion.
Sur le plan intellectuel, Benoist se positionne comme un défenseur acharné du catholicisme contre la Réforme, mais ses écrits révèlent une approche parfois ambivalente. Dans son célèbre « Apologie contre les calomnies des hérétiques » (1575), il adopte un ton virulent, attaquant les protestants avec une rhétorique brillante mais agressive, ce qui lui vaut des critiques pour son manque de modération. En parallèle, ses « Discours sur la vraie foi catholique » tentent de démontrer la continuité du catholicisme avec les Écritures, un effort louable mais parfois jugé trop académique pour être accessible au grand public. Ses œuvres témoignent d’une volonté de structurer une défense solide de la foi catholique, mais elles restent trop ancrées dans les controverses de son époque pour avoir une résonance durable et universelle.
ans ce contexte tumultueux du milieu du 16ᵉ siècle, les Bibles en français (ou du moins des extraits) circulent parmi le peuple depuis plusieurs décennies, malgré les interdictions officielles. Curé de la paroisse Saint Eustache au cœur de Paris, Benoist mesure l’influence grandissante des idées réformées et des traductions protestantes, comme la célèbre « Bible de Genève » publiée en 1560. Fervent opposant à ces écrits, il décide de proposer une alternative catholique.
Plutôt que de produire une nouvelle traduction depuis la Vulgate latine, Benoist fait un choix audacieux : utiliser comme base la traduction protestante de Genève. C’est celle de Pierre Olivétan traduite à partir de l’hébreu et du grec mais qui, née en 1535, a connue plusieurs révisions jusqu’à celle de 1560, écrite dans une langue améliorée et plus fluide. Dans la préface de son édition de 1566, Benoist assume ce pragmatisme : il explique que cette méthode, consistant à reprendre un texte, est plus rapide et efficace. Bien sûr, il apporte des corrections pour aligner le texte sur la doctrine catholique, remplaçant par exemple « repentance » par « pénitence » ou « coupe » par « calice », afin de rétablir les termes traditionnels. L’enjeu est parfois important puisque, dans Actes 3.9 par exemple, les catholiques traduisent par exemple « faites pénitence », entendant par là le […]
