Pierre Robert Olivétan voit le jour vers 1506, en Picardie, dans une famille modeste mais avide de savoir. Ce jeune Picard commence son éducation dans sa région, puis se dirige vers l’Université d’Orléans, où il approfondit sa formation en théologie et en lettres. C’est là qu’il forge ses premières idées, dessinant les contours de son engagement intellectuel.

Vers la fin de son parcours universitaire, Olivétan est attiré par Strasbourg, le centre vibrant de la Réforme naissante. Sous la direction de Martin Bucer, ancien dominicain et fervent réformateur, il s’immerge dans l’hébreu et le grec, des langues essentielles pour quiconque veut explorer les textes bibliques originaux. Ce séjour marque une étape déterminante dans son parcours.

En 1530, il choisit de s’installer en Suisse, un choix mûrement réfléchi pour un homme prêt à franchir le pas vers la traduction biblique. Ce projet audacieux de traduire la Bible en français sera encouragé et financé par les Vaudois du Piémont. Ce mouvement chrétien né au 12e siècle, est attaché à son indépendance spirituelle et prône un retour à l’Évangile. Déjà son fondateur Valdo (ou Valdès) avait mis au cœur de sa mission l’enseignement à partir de la Parole biblique traduite en langue romane.

L’année 1532 marque un tournant crucial pour les Vaudois. Réunis au cœur du Val d’Angrogne, ils tiennent un synode historique. Face à une Église catholique hostile et aux tensions religieuses qui secouent l’Europe, ils choisissent de s’aligner sur la Réforme et le français devient pour eux une langue d’émancipation, même s’ils parlent encore l’Occitan. Guillaume Farel, lors de ce rassemblement, préconise même Pierre Robert Olivétan comme traducteur de leur Bible en français, scellant un pacte spirituel avec la Réforme. Les vaudois souhaitaient une version bilingue (latin/français) qui ne sera pas retenue.

Le travail de traduction d’Olivétan commence véritablement en 1533. Son cousin Jean Calvin, écrira la préface de cette future Bible. Olivétan se lance dans cette tâche titanesque, parfois sous des pseudonymes comme « Belisem de Belimakom » (« le sans-nom de nulle part ») pour éviter les représailles. Cet érudit, maniant habilement l’hébreu, le grec et le latin, n’est pas seul. Autour de lui, des collaborateurs fidèles préparent des tables de noms propres et des sommaires pour chaque livre biblique, le soutenant dans cette entreprise unique. Les outils de l’époque sont rares et imprécis, mais qu’importe ! Olivétan ne se contente pas des sources habituelles. Il consulte la prestigieuse Biblia […]