Lorsqu’elle surgit au XVIe siècle, la Réforme agit comme une «remise à plat» dans la hiérarchie sociale d’alors. «L’idée de sacerdoce universel place tout le monde à égalité et contribue en quelque sorte à détruire une catégorie –on pourrait presque parler de caste–, le clergé catholique, dont les membres ont des droits et devoirs différents», pointe Sarah Scholl, professeure d’histoire et chercheuse associée à la Faculté de théologie de l’Université de Genève. Peut-on dire par là que le protestantisme est, à sa naissance, une religion anti-élite?

Démocratisation du savoir et alphabétisation

Toujours est-il que «par la traduction de la Bible en langue vernaculaire (du pays, NDLR)–et sa diffusion par l’imprimerie–, et par leur souci de faire de la langue vernaculaire une langue apte à manier les concepts théologiques (traités allemands de Luther, Institution de la Religion Chrétienne de Calvin publiée en français), les réformateurs ont démocratisé le savoir, théologique notamment, le rendant accessible aux ‹simples gens› – par exemple les personnes sachant lire la langue vernaculaire, mais pas le latin. C’est grâce à cette action que des laïques, hommes et femmes, ont pris la plume, se mêlant désormais au débat théologique puisqu’ils pouvaient lire personnellement la Bible», observe Matthieu Arnold, professeur d’histoire moderne et contemporaine à la Faculté de théologie protestante [..]